Rédactrice en Chef

26 novembre 2007

Numéro très spécial pour le ELLE du 8 avril 1985 : Isabelle Adjani en est la Rédactrice en Chef.
Il y est question de beauté, de mode, de cuisine, des médecines douces, des femmes, des enfants mais aussi de sujets qui lui tiennent à coeur comme le racisme et, pour la première fois, Camille Claudel.
Première partie avec l'édito et le "making of" en photos de cette édition, des questions sur sa vie privée et la révélation du projet "Camille Claudel".



Editorial : Isabelle Adjani on l'aime.
Elle a de l'audace. Elle est belle. Et elle nous plait. Au point de lui donner, le temps d'un numéro, le rôle de rédactrice en chef.
Sans effets spéciaux. Sans frime. Et sans doublure. Elle a retroussé les manches de son sweat-shirt et, pendant une semaine, elle n'a pas quitté la rédaction. Une grande première. Pour ELLE. Et pour Isabelle, qui a tout décidé. Tout choisi. Tout relu. Pas un article qui n'ait été commandé par elle. Pas une légende qui soit partie pour l'imprimerie sans son accord. Seul l'horoscope a échappé à sa vigilance. Mais Isabelle fait confiance aux étoiles. Elle découvrira donc, en même temps que vous, ce que le Cancer, son signe, lui réserve cette semaine. Ensemble, on a ri. On a travaillé. On a bouclé ce numéro exceptionnel. Le résultat est là. En 84 pages, elle nous offre ses passions, ses meilleures adresses et même ses secrets de beauté. De la première à la dernière page s'enchaînent ses préférences ; du couscous de son père, un souvenir d'enfance en fiche-cuisine, aux médecines douces, ses favorites ; des femmes photographes, ses amies, à Camille Claudel, son héroïne ; du mouvement S.O.S.-Racisme, qui la touche particulièrement, à Françoise Dolto, qu'elle admire.
84 pages où Isabelle Adjani reçoit ceux qu'elle aime. Ceux qui la fascinent. Et s'en donne à coeur joie. Pour notre plaisir. Et pour le sien. Mais maintenant, moteur! C'est à vous. Tournez... les pages!


1/avec Jean Demachy, directeur de la rédaction, 2/Isabelle corrige les épreuves avec les expertes du secrétariat de rédaction, 3/Isabelle et Pierrette Rosset, le nez sur la maquette du guide Lectures, 4/avec Paule Verchère, Isabelle parle décoration, 5/à Caroline Van de Velde, elle donne ses secrets de beauté, 6/Isabelle raconte "Subway" à Anne
Chabrol et Stéphanie de Mareuil, 7/c'est le moment du bouclage avec Colombe Pringle et Philippe Trétiack qui cherchent un titre, 8/avec Michèle Fitoussi elles ont l'oeil sur S.O.S.-Racisme, 9/c'est la mise au point page par page et le choix des photos avec l'équipe de la maquette.


A la rédaction nous avons essayé d'en savoir un peu plus sur notre rédactrice en chef : décidément, elle est aussi mystérieuse qu'une star.

Vivez-vous dans un monde d'hommes ou de
femmes?
Les deux. Comme vous.
On ne vous voit jamais avec un homme? Pourquoi?

Ca vous embête, hein?
On a quand même beaucoup parlé de votre mariage avec
Warren Beatty. Vrai ou faux?
Zut!
Si vous n'étiez pas actrice, quel métier aimeriez-vous faire?
Vous le saurez quand j'aurai arrêté de tourner.
Pourquoi tournez-vous si peu?
C'est mon luxe.
Quel âge avez-vous?

27 ans.
On a l'impression que toutes les actrices, même jeunes, mentent sur leur âge.

C'est vrai.
Et vous, vous trichez déjà?
Je ne peux pas vraiment tricher, d'un an maximum quand ça me prend. C'est trop tard. Depuis le temps qu'il y a mon âge dans les journaux! Il aurait fallu que j'y pense quand j'ai débuté au théâtre. A 16 ans!
Avez-vous l'intention de remonter sur les planches?

Je marche chaque jour sur mon parquet, c'est craquant.

Vous avez votre permis de conduire?
Non, mais ça ne m'empêche pas d'être au volant dans mes films.
Qu'est-ce qu'il y a dans votre réfrigérateur?
A ce jour, la conserve du chat Tintoret de Moquesouris, mon gel pack pour les yeux, et des petits-suisses fraise-caramel.

Vous avez un fils. Quel âge a-t-il?
Cinq ans et deux dents de laits en moins.
Quels sont ses prénoms?
Barnabé (étymologie : fils de la consolation, nous l'avons découvert par hasard). Saïd (de mon
grand-père algérien) et Albert (de mon grand-père suisse-allemand) que je n'ai connus ni l'un ni l'autre.
Mais qui est donc son père?
Il ne souhaite pas que la lumière soit faite sur son nom.

Pourquoi ne parlez-vous jamais de lui?
Par respect de sa vie privée.
Isabelle Adjani, c'est votre vrai nom?

Mon nom, absolument. Isa pour les intimes. Mais le prénom qui est dans mon coeur (le second
sur mon passeport), c'est Yasmine. On dit Yasmina en Afrique du Nord.
Vous soutenez S.O.S.-Racisme. Pourquoi?
Mon père était d'origine arabe. Ma mère, allemande. Mon père travaillait trop dur. Comme tous les étrangers, pour se faire
respecter. Lorsqu'il était épuisé, acablé, il capitulait. Il ne le disait pas, mais je voyais qu'il n'aimait plus qui il était, d'où il venait. Il était raciste à son tour, envers lui même. Le racisme n'agresse pas seulement les gens au dehors, il les torture dedans. Il s'attaque à leur courage. A chaque fois que je peux, je revendique, pour mon père et pour ma mère, leurs origines, leur vaillance et leur noblesse, et l'amour que je leur porte. Si, exceptionnellement, j'accepte de répondre à cette question en vous parlant de ma vie privée, c'est au nom de cette lutte qui nous rassemble tous, émigrés et enfants d'émigrés.
Portrait de Marianne Rosensthiel


En 1882, Camille Claudel rencontre Auguste Rodin. Il a 42 ans, elle en a 18. Elle est d'une beauté rare et son regard, impressionnant. Rodin est professeur à l'atelier de sculpture Colarossi où se rend Camille. Il remarque l'étonnante précocité de son talent. Entre eux s'établit une relation exceptionnelle. Rodin sur toute chose la consulte. Elle devient sa plus proche collaboratrice, son inspiratrice, son modèle, son amante. Et sa muse. Elle taille le marbre, modèle la glaise, sculpte les mains et les pieds des "Bourgeois de Calais", sans renoncer à ses propres créations. En 1888, leur relation devient notoire.
Rodin, déchiré, partage son temps entre Camille, son amour neuf, et Rose Beuret, sa compagne de toujours, mais l'indécision fondamentale de Rodin rend la situation insoutenable. En 1892, Camille rompt avec l'homme dont elle partage l'essentiel. En ce temps-là, être une femme libre, célibataire, artiste était un scandale vivant. Camille lutte pour assumer la poursuite de son oeuvre. Mais c'est aux dépends de sa raison. Dès 1893, apparait l'obsession de persécution dont l'objet est souvent Rodin qu'elle appelle "le gredin". Vivant dans une quasi-misère, son esprit vacille. Le 3 mars 1913, transportée dans un asile, elle y restera silencieuse et prostrée, le regard au sol, morte-vivante, jusqu'à sa mort, trente ans plus tard, à l'âge de 79 ans.













Il y a un an et demi, Isabelle Adjani découvrait le destin tragique de cette femme. Aujourd'hui la famille Claudel lui a confié, à titre personnel et exclusif, les droits cinématographiques de la vie de Camille Claudel, d'après le livre de Reine-Marie Paris, "Camille Claudel" (publié aux éditions Gallimard).
C'est pourquoi, elle s'est rendue au Kunstmuseum de Berne à l'exposition "Camille Claudel-Auguste Rodin". Une exposition qui démontre la symbiose entre Rodin et son élève, dont il disait : "Je lui ai montré où elle trouverait de l'or, mais l'or qu'elle trouve est à elle".
Camille n'a jamais touché cette mine d'or qu'il lui promettait.
DANY SIMON


1/Avec A.-M. Berri (coproducteur), 2/Très chic en Chantal Thomass, pendant le vernissage de l'exposition, 3/Aux côtés de Reine-Marie Paris, 4/Isabelle très impressionnée par "L'Âge mûr". Ce bronze, l'une des plus grandes oeuvres de Camille, est daté de 1885.