LISTE TECHNIQUE
Réalisation: Claude Miller
Scénario: Michel Audiard et Jacques Audiard, d'après le roman de Marc Behm
Dialogues: Michel Audiard
Photographie: Pierre Lhomme
Montage: Albert Jurgenson
Musique: Carla Bley
Producteur: Bernard Grenet
Production: Telema, TF1 Films Production
Distribution: G.E.P. - C.C.F.C.

Durée version originale: 120 minutes
Durée director's cut: 96 minutes
Format image: 1.66:1 - Couleur - 35mm
Format son: Dolby
Sortie France: 9 mars 1983


LISTE ARTISTIQUE
L'Oeil: Michel Serrault
Catherine Leiris/Lucie Brentano/"Marie": Isabelle Adjani
L'homme pâle: Guy Marchand
La dame grise: Stéphane Audran
Mme Schmidt-Boulanger: Geneviève Page
Ralph Forbes: Sami Frey
Madeleine: Macha Méril
Betty: Dominique Frot
Cora: Isabelle Ho
Michel de Meyerganz: Patrick Bouchitey
Voragine: Jean-Claude Brialy


SYNOPSIS
On l'appelle l'Oeil. Il passe pour avoir des intuitions. Mais il n'a pas que ça!... À "L'Européenne de Surveillance" - filatures, enquêtes, preuves - dans le tiroir de son bureau, il possède un nécessaire à couture, un réveil, plusieurs recueils de mots croisés et un 357 Magnum. Quand on passe son temps à rechercher sur une photo de classe le sourire de sa petite fille, Marie, que l'on a jamais vue, on finit par parler tout seul. Quand l'affaire Hugo commence, l’Oeil parle tout seul, et depuis longtemps. L'affaire Hugo, une histoire bien banale! Des parents inquiets... Leur jeune fils, Paul, fréquente une aventurière, ils aimeraient que ça cesse. Ça cesse d'ailleurs très vite. Après vingt quatre heures d'enquête, L'Oeil est en possession de trois informations : une bonne, une mauvaise et une troublante. La mauvaise : Lucie Brentano (20 ans), n'est pas une prostituée. La bonne : c'est une criminelle. La troublante : elle ne s'appelle pas Lucie Brentano. De toutes façons, L'Oeil l'appellera Marie, et ceci définitivement, du nom de la petite écolière de la photo. A partir de là, entre le détective et la criminelle vont s'établir des rapports étranges : des relations de père à fille. Une randonnée jonchée de cadavres et d'incroyables coups de cœur, va conduire ce couple extravagant de Monte Carlo à Baden Baden, de Bruxelles à Rome et de Biarritz à Bobigny. Pendant des mois, L'Oeil suit la jeune fille, la protégeant contre les forces mauvaises qui la poursuivent lentement, inexorablement comme un glacier en mouvement. Il sait que lorsqu'elle s'arrêtera, ce sera la fin. Une fin lumineuse comme une journée de vacances où, dans les flammes de l'enfer, le détective et la criminelle s'effacent, tandis qu'un père et une fille se retrouvent enfin sur une photo de classe.


BANDE-ANNONCE



PHOTOS DU FILM







Interview extraite du dossier de presse:
- Qu'est-ce qui vous a attirée dans le personnage de Mortelle randonnée?
- C'est un personnage cinématographique avec une psychologie qui ne dépendait absolument pas de mon interprétation à moi : voilà ce qui m'a attirée en premier. Claude Miller avait envie que le personnage qui prête le plus à l'analyse soit l'homme. D'habitude, c'est le contraire.
Ce personnage est creux, parce qu'il a une grande importance figurée, et plein, parce qu'il se remplit du transfert de cet homme perturbé par la mort de sa fille et qu'en fait il se charge télépathiquement d'un drame qui est parallèle et parfois mélangé au sien. Moi, j'étais contente à l'idée de passer par des tas de références physiques, cinématographiques de changements et de déguisements. Je trouvais agréable qu'un metteur en scène ait envie qu'une actrice soit belle, drôle, méconnaissable, tragique, tout un éventail qu'on a rarement le temps d'exploiter sur deux heures de pellicule.
- En fait, c'est comme si vous n'existiez pas vraiment et étiez imaginée par "l'œil".
- En effet, tout passe par la rétine de "l'œil" : c'est un personnage qui se compose dans le regard qu'il porte sur sa fille. C'est aussi un personnage tranchant, tranché par tout ce qu'elle a d'entier et de paradoxal et qui lui donne, par définition, une immense ambiguïté. J'avais seulement à représenter cela, à le laisser se composer à mon insu. J'aime l'idée d'être dans un film où l'émotion est composée par la technique, car ce n'est pas tellement une chose pratiquée dans le cinéma en ce moment. Cela nous a permis de faire des choses que nous espérons puissantes sans recourir au psychodrame.
- Claude Miller dit que votre personnage est comme un florilège de la femme dans le film noir américain.
- Oui, c'est vrai, et on s'est amusé comme des fous à faire des choses qui sont tout ce qu'on aime au cinéma, sans pour cela plagier quoi que ce soit. Claude à utilisé sa culture cinématographique, et moi mes fantasmes du star-system.
- Le personnage que vous jouez n'est pas désincarné pour autant.
- Non. Elle est à la fois très présente et très désincarnée, avec l'humour des gens qui se condamnent et un sens très pratique du mal de vivre. C'est quelqu'un qui exprime son fatum en actes brefs. Il y a quelque chose de curieux et de quotidien en elle qui ne la quitte jamais et qui lui donne une crédibilité pleine de chair alors que l'homme est dans le délire, dans un monde plus abstrait.
- Ne craignez-vous pas que ce personnage de meurtrière soit un peu dur pour le public?
- Je ne sais pas. Elle est possédée par son amoralité. Il y a une chose troublante, c'est que le médaillon qu'elle porte et qui est censé représenter un signe du zodiaque ressemble plus à une tête de diable qu'à un capricorne. Il y a comme ça une espèce de lumière diabolique enchaînée à son cou.
- Pourquoi, à votre avis, "l'œil" s'attache-t-il à elle?
- Elle se trouve la plus apte, par rapport à sa fille perdue, à ce qu'il effectue son transfert, puisqu'il est obligé de protéger quelqu'un qu'on veut lui voler à nouveau. La police veut lui ravir un personnage qu'il veut aimer sans condition, ce qui est la base de l'amour paternel.
- Pensez-vous qu'elle sache qu'il la suit?
- Sûrement elle le voit, sûrement elle le sait, mais jusqu'à quel point c'est inconscient et jusqu'à quel point elle ne le laisse pas la suivre comme on laisse son destin vous poursuivre ? Elle a un double destin : l'homme de son destin essaie de la protéger de son destin. Et puis, ils se ressemblent. Ce qu'ils ont de plus fort en commun, c'est leur drame, mais c'est aussi leur sens anti-conventionnel de l'existence parce qu'en fait ils s'amusent. Il ne s'embêterait pas à suivre cette fille uniquement pour se tordre de douleur. Il est toqué, elle aussi. Ils sont à la fois imprévus et dangereux pour les autres. Leur pire est semblable. Ils sont de la même famille.
- Le roman a été publié en série noire. Est-ce que c'est un film policier pour vous?
- C'est un film policier, et un film sur la foi. Les personnages sont des suicidés en puissance ; ils n'ont trouvé que ce jeu pour accepter de rester en vie : frôler tous les genres de morts. Ce qui m'impressionne dans les romans policiers, c'est le sens manichéen qui leur est propre. Les personnages ont le sens de leur damnation, de leur mort. Ils mettent en pratique toutes les théories mystiques.
- Comment s'est passée la rencontre avec Claude Miller?
- On s'est entendu au quart de tout. On ne s'est jamais posé de questions. C'est comme si j'avais eu un storyboard imaginaire dont je comprenais l'élaboration. Pendant le tournage, je me trouvais dans un univers un peu ouaté grâce à sa manière de filmer, qui donne la réalité du trouble aux acteurs. Il ne veut pas tenir compte des détails dits réalistes, et s'il respecte l'homogénéité de ce tas d'invraisemblances, il créera sa propre vraisemblance.
- Comment voyez-vous Mortelle randonnée aujourd'hui?
- Comme je l'ai dit à Claude, il y a quelque chose de Barocco et ses frères : d'énormes pavés de conduite sans commentaires qui créent le lyrisme à l'état pur. Je crois que c'est un film très pur, très linéaire, presque graphique. On limiterait la description de la situation pour qu'elle soit à chaque fois d'une extrême précision. Plus simplement, je dirais que je me suis amusée à incarner les idées de Claude au féminin pendant quatre mois. On a fait les fous, c'est ça la vérité.
Propos recueillis par François Guerif