Interview Télé 2 Semaines

15 janvier 2008

Propos recueillis par Stéphane Lepoittevin.



Pourquoi avoir attendu si longtemps pour
interpréter votre premier grand rôle à la télé?
Mais, je n'ai jamais vu les choses de cette manière! C'est d'abord le scénario ou le texte qui m'attire, qu'il concerne la télévision, le théâtre ou le cinéma. Quand Jacques Weber m'a amené son adaptation de l'oeuvre de Beaumarchais, j'ai dit oui tout de suite. La vérité est qu'on m'a proposé jusque-là peu de choses à la télévision. Sans doute les producteurs se sont-ils dit que je refuserais. Ils sont peut-être dans un esprit de défaite à l'égard des acteurs de cinéma.
Comment avez-vous vécu le tournage de Figaro, cette expérience télévisuelle?
Je n'ai pas ressenti un instant tout ce qu'on craint des tournages télés : le manque de temps ou de moyens, les prises uniques... Tout cela n'a pas été vrai pour nous! Nous avons travaillé dans des conditions magnifiques, faites de respect et d'amour de ce que l'on fait.
Vous avez joué une première fois au cinéma avec Jacques Weber, alors que vous n'aviez que 16 ans, dans Faustine et le bel été. Depuis ce tournage, aviez-vous envie de vous retrouver ensemble devant une caméra?
En fait, je n'ai pas suivi de près les diverses entreprises artistiques de Jacques. Cela dit, bien souvent, lorsque je le voyais dans des seconds rôles au cinéma, je me disais : qu'est-ce qu'il est bien! Mais la révélation, je l'ai eue lorsque j'ai vu le Cyrano qu'il a monté aux Amandiers. Cela m'a ramenée à toutes les raisons qui me font aimer le théâtre. J'ai alors découvert qu'il était un metteur en scène passionnant.
Aimeriez-vous travailler pour le petit écran avec d'autres réalisateurs?
J'ai toujours aimé le travail de Nina Companeez. J'aime son univers, et elle ne fait aucune concession. Pour moi, Les Dames de la côte demeurent un souvenir télévisuel inoubliable. Sinon, on m'a soumis quelques idées, dont une adaptation des femmes bibliques de Marek Halter. C'est un beau projet qui mérite d'exister.
Quel regard portez-vous sur la télévision, en tant que téléspectatrice?
Il m'arrive de regarder TV5 des nuits entières pendant mes insomnies. Je suis avec le même intérêt les documentaires qui se succèdent sur les femmes en Inde, la psychiatrie ou l'éducation. La télé m'intéresse en tant qu'instrument de découverte. Le divertissement de base m'ennuie. Je trouve ça nul, en général, à une exception : Nouvelle Star. Je ne connaissais pas ce programme quand des amis m'ont signalé le talent de Christophe Willem. On a assisté à l'épanouissement d'un véritable artiste. J'ai besoin de rendez-vous culturels. D'ailleurs, j'essaie de ne pas rater le magazine de Guillaume Durand, Esprits Libres, sur France 2.
Pourquoi entretenez-vous une certaine forme d'absence?
Il n'y a rien de volontaire là-dedans. Quand je ne travaille pas, je finis par oublier ce métier, le temps qui passe, ce que ne comprennent pas les gens pressés de mon milieu professionnel. Le public est plus patient, il ne m'oublie pas et continue à me manifester beaucoup de tendresse. Mon mode de fonctionnement est tellement simple qu'il peut paraître compliqué à certains. Or, j'ai toujours fait passer avant le reste ma famille, ma vie au quotidien, que j'essaie de réussir. Cela n'a plus tellement cours d'avoir des objectifs humains dans notre société matérialiste. Ma carrière va toutefois connaître une accélération cette année.
Pouvez-vous nous en dire plus?
J'ai plusieurs films en préparation. L'un deux, Dernière Adresse, de Martine Dugowson, à mi-chemin entre la comédie romantique et le drame psychologique, qui suit le parcours d'une Marilyn contemporaine. Et un autre, Le Paradis, c'est complet, de Yamina Benguigui. Il s'agit de l'histoire d'une jeune femme d'origine maghrébine qui cache ses origines et devient ministre. J'étudie aussi un projet pour Arte, avec une sortie au cinéma ensuite.
L'album que vous avez enregistré en 2005 sous la direction de Pascal Obispo n'est toujours pas disponible. Pourquoi?
Il faut le demander au compositeur-producteur Pascal Obispo, c'est lui qui décide. On a collaboré de façon atypique, artisanale. Je n'ai même pas signé de contrat à ce jour. Il me dit aujourd'hui qu'il songe à transformer cet album en film musical. En tout cas, c'est vrai que j'aimerais bien que les gens le découvrent, et lui aussi sûrement. J'ai par ailleurs le projet d'enregistrer pour Mercury un remake de l'album Pull marine, que Gainsbourg m'avait offert en 1983. Je vais réinterpréter la douzaine de titres avec de nouveaux enregistrements, seule ou en duo.
Par le passé, vous vous êtes engagée sur des sujets d'actualité. On vous entend beaucoup moins aujourd'hui...
Je me suis tout de même rendue au Zénith pour protester contre les tests ADN! Mais, à quoi servirait de prendre la parole dans cette ambiance complètement cacophonique? De Khadafi à Carla Bruni, on passe d'un sujet à l'autre dans une grande confusion organisée, qui ne laisse pas la place à la réflexion. Notre Président de la République fait du jogging, et on a parfois du mal à le suivre.