Adjani et Weber se sont trouvés

9 février 2008

Entretien avec Isabelle Adjani et Jacques Weber paru dans Le Parisien du 7 février 2008.


Elle, frêle sous un épais bonnet, le visage mangé par d'immenses lunettes mouches. Lui, robuste et chaleureux, imposant de charisme. Ce mardi matin, au bar de l'hôtel Meurice (Paris Ier), Isabelle Adjani et Jacques Weber discutent à bâtons rompus, entre rires et confidences. Complices. Pourtant, ils se connaissaient à peine avant de tourner "Figaro", sublime adaptation de la trilogie de Beaumarchais que Weber a mise en scène et dans laquelle ils interprètent le comte et la comtesse, autour de Denis Podalydès.

Quand vous êtes-vous rencontrés?
Jacques Weber. On s'était croisés en 1972 sur le tournage de "Faustine ou le Bel Eté", de Nina Companeez. Je trouvais déjà que, dans l'œil d'Isabelle, il y avait quelque chose de très exigeant, perçant...
Isabelle Adjani. Avant cela, j'étais venue le voir quand il avait passé le concours du Conservatoire. Il était extrêmement contrarié, alors qu'il avait obtenu le prix d'excellence (rires)!

Depuis, vous n'aviez fait que vous croiser...
J.W. Oui. Et ouis, quand j'ai mis en scène "Cyrano", Isabelle m'a laissé quatre messages pour me féliciter : ça m'a bouleversé.
I.A. Quand j'ai vu cette pièce, j'étais en larme, debout. Pourtant, je suis quelqu'un d'isolé, je n'appelle pas souvent les metteurs en scène...
J.W. Moi non plus!
I.A. On est un peu trop réservés pour le métier qu'on fait (rires).

Jacques Weber, pourquoi avoir pensé à Isabelle pour "Figaro"?
J.W. C'est son ancien agent Dominique Besnehard qui me l'a conseillée. Moi, jamais je n'aurais osé le lui proposer...
I.A. Ce qui est franchement absurde! Même lui, alors qu'on se connait depuis si longtemps, il tombe dans le panneau! Moi, j'ai trouvé l'adaptation absolument exquise et j'avais une telle confiance dans le talent et l'humanité de Jacques... Je lui ai dit que je serai là. Quand on sait tout de suite, on ne se trompe pas. Il y a toujours des gens qui vous disent : "Pour ta carrière, tu devrais faire une comédie." Mais il faut bien, de temps en temps, qu'on se souvienne qu'on est des artistes.

Comment s'est passé le tournage?
I.A. Pas une seconde, je n'ai ressenti de précipitation ou de pression. Le bonheur, avec Jacques, c'est qu'il est totalement sensible à la nuance. C'était d'autant plus important que la langue de Beaumarchais est magnifique. Sur ce tournage, on était tous des fous de textes : on était une petite troupe, on aurait pu rester ensemble très longtemps...

Pourquoi aviez-vous envie de jouer Beaumarchais?
I.A. J'ai quitté la Comédie-Française très jeune. J'ai le sentiment d'un apprentissage inachevé. Si Patrice Chéreau donnait encore des cours à Nanterre, je me mettrais parmi les élèves. Je préfère jouer dans "Figaro" plutôt que d'être dans le prochain "James Bond"... Enfin, pas comme James Bond girl, mais comme mère d'une James Bond girl (rires)!

C'est pour cela qu'on ne voit plus au cinéma?
I.A. Pour travailler, il faut toujours que je me botte le derrière ; sinon, j'oublie. Quand je travaille, je suis passionnée ; mais la vie trouve toujours des choses pour m'occuper. Je n'habite pas dans les nuages. J'ai un rapport très réel à la vie. Alors, je laisse passer le temps, jusqu'au prochain rappel à l'ordre.
J.W. Moi, c'est l'inverse : il faut tout le temps que je sois sur scène. J'aimerais bien, l'âge venant, savoir ce qu'est la vraie vie (rires).

D'où viennent les rappels à l'ordre?
I.A. Des gens qui m'aiment. Ma mère - c'est aujourd'hui le premier anniversaire de sa mort - me disait toujours : "Je veux te voir plus." Ça fait son chemin.

Vous avez beaucoup de projets en 2008...
I.A. Oui. Cette fois, j'y vais. Il va falloir que je l'explique à mon fils : mon aîné ne m'a jamais reproché mon absence car il est adorable, mais le second est très possessif.

Propos recueillis par Catherine Balle.