Jouer implique un don de soi

9 février 2008

Édition du 7 février 2008 du journal gratuit 20 Minutes.



20 Minutes. Quel était votre but en tournant Figaro pour la télévision?
Isabelle Adjani. Faire découvrir et aimer Beaumarchais, un auteur d'une étonnante modernité. Un peu de culture ne fait franchement pas de mal dans les programmes de télévision où cet ingrédient n'est pas vraiment courant! J'espère que les téléspectateurs suivront...

Avez-vous souffert des contraintes de tournage?
Au contraire, nous avons bénéficié d'une grande liberté. Le tournage a été un véritable atelier où chacun, Denis Podalydès, Céline Sallette ou moi-même, pouvait confier ses idées à Jacques Weber. En tant que réalisateur et interprète, il ne s'est pas laisser enfermé dans le carcan du petit écran.

Le connaissiez-vous avant de tourner avec lui?
Je l'ai vu obtenir le premier prix au concours du Conservatoire alors que j'avais 16 ans. C'est un amoureux du métier d'acteur et de la langue française, qui perçoit sans doute mieux qu'un autre la sensibilité de ses partenaires.

Qui est la comtesse délaissée que vous interprétez?
Une femme qui s'ennuie. Son corps est devenu inutile pour l'amour, et son esprit n'est pas assez sollicité. Elle n'est cependant pas qu'une victime. Jacques Weber lui a ajouté un côté manipulateur proche de l'héroïne des Liaisons Dangereuses. Cette dimension, absente de la pièce de Beaumarchais, enrichit le personnage.

Pourquoi êtes-vous si rare au cinéma?
Faire l'actrice implique un don de soi dont il faut un certain temps pour se remettre. J'ai cela en commun avec Daniel Day-Lewis, le père de l'un de mes fils, de m'investir à fond dans mon métier. Bien sûr, je suis capable de quitter un personnage quand je rentre chez moi le soir. Mais, après un tournage, je suis épuisée et j'ai besoin de me ressourcer.

Jouer implique toujours un effort?
Bien sûr, même si cela apporte du plaisir! Je suis très agacée quand certains comédiens s'étonnent d'être payés pour faire ce métier qui, d'après eux, ne serait pas un travail. Je mets ça sur le compte du forme de pudeur ou d'un manque d'expérience, mais ce genre de déclarations dévalue la profession de comédien.

Que vous propose-t-on actuellement comme films?
Pas grand chose de très intéressant! Je crains d'être la victime d'une image fausse, intimidante, que les réalisateurs ont de moi. J'ai sans doute ma part de responsabilité à ce sujet, bien que je soit quelqu'un d'ouvert. Heureusement, une nouvelle génération de cinéastes, comme Céline Sciamma ou Damien Odoul, est débarrassée de ces partis pris. J'espère concrétiser des projets avec des créateurs de ce calibre.

N'avez-vous pas peur qu'on vous oublie?
C'est une question que je me pose parfois... J'espère que certains de mes films auront suffisamment marqué les gens pour que je reste présente dans leur cœur même s'ils ne me voient pas souvent à l'écran.

Propos recueillis par Caroline Vié