Le Figaro et Figaro

9 février 2008

Le quotidien Le Figaro, rien que de par son nom, ne pouvait pas se permettre de faire l'impasse sur la diffusion de la fiction de France 3. Il ne nous a pas déçu en réservant à Isabelle Adjani une partie de sa Une ainsi qu'une place de choix dans le cahier Le Figaro Et Vous.





ENTRETIEN L'actrice retrouve ce soir les chemins du petit écran dans "Figaro", d'après Beaumarchais, un téléfilm de son ami et metteur en scène Jacques Weber, avec Denis Podalydès dans le rôle-titre. Elle
incarne la comtesse, femme sensuelle et délaissée.

Isabelle Adjani incarne la comtesse aux côtés de Denis Podalydès dans cette adaptation pour France 3 de la trilogie de Beaumarchais. A cette occasion, la comédienne fait le point sur ses envies et ses projets. Tôt levée, fraîche, elle sirote son jus de pomme matinal avec des gourmandises de petite fille. Visage nu, cheveux cachés par un bonnet de laine, yeux ourlés d'un fard avivant le célèbre iris bleu marine qui approfondit un regard d'une intelligence heureuse. Isabelle Adjani parle librement, avec esprit, de ce retour à la télévision qui fait figure d'événement. Jacques Weber l'a convaincue et c'est avec bonheur qu'elle est entrée dans la ronde d'un tournage en décors naturels, au château de Nandy, en Seine-et-Marne, l'été dernier. Une superbe distribution avec Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-française, dans le rôle-titre de Figaro. Le scénario s'appuie principalement sur Le Mariage de Figaro ou La Folle Journée, mais Jacques Weber et Jean-Marie Duprez ont puisé leur inspiration dans les deux autres volets de la trilogie : Le Barbier de Séville et La Mère Coupable. Jacques Weber incarne donc Almaviva face à Isabelle Adjani, comtesse de nacre, tout en langueur et mélancolie, délicate comme un éventail fragile et éveillée soudain par le charme de Chérubin dans l'allégresse mozartienne. Céline Sallette est une remarquable Suzanne. Chérubin, quant à lui, est un jeune acteur qui, selon Isabelle Adjani, évoque à la fois Montgomery Clift et Stewart Granger, et ce n'est pas faux. Un débutant qui se nomme Stanley Weber, fils de Jacques... Depuis Le Secret des Flamands en 1974, Isabelle Adjani s'était tenue éloignée du petit écran. Mais, ainsi qu'elle l'explique dans cette entretien, la télévision a joué un grand rôle dans sa carrière.


LE FIGARO. - Comment se sont décidées ses retrouvailles avec la télévision? Est-ce Dominique Besnehard qui a pensé à vous?
Isabelle Adjani. - Il y a doubles retrouvailles. Avec la télévision, avec Jacques Weber. Il semble qu'effectivement Dominique Besnehard ait été l'initiateur : "Mais pourquoi ne parles-tu pas de Figaro à Isabelle? Je sais qu'elle aime beaucoup ton travail en tant que metteur en scène." Et Jacques qui est très timide et pudique avait lancé : "Mais elle ne le fera jamais." C'est une espèce de fantasme qui s'est un peu généralisé, cette idée que je suis inaccessible. Chacun porte sa petite croix, même dorée. Jacques Weber m'a fait parvenir son adaptation et je l'ai trouvée exquise, très bien écrite. C'était compliqué parce que c'est une trilogie. J'ai trouvé le résultat réussi. Et puis c'est un homme érudit qui connait son XVIIIe siècle. Je savais qu'il voulait faire quelque chose de beau et de moderne. Faire un film pour la télévision ne voulait pas dire faire quelque chose de poussiéreux, de classiquement classique. Il a enlevé tout ce qui est procédurier dans l'œuvre de Beaumarchais sans affadir son esprit génial. Il a apporté à sa mise en scène une touche de légèreté, de grâce mozartienne. Il n'y a pas de fausse note. On joue ensemble la même œuvre et on entend la même langue fluide sur les rapports entre les hommes et les femmes, le mariage, la fidélité, l'amour, l'inégalité sociale.

Est-ce que le fait de travailler pour la télévision vous a fait hésiter?
Pas du tout. La télévision a joué un rôle capital dans ma carrière. La première fois que j'ai joué Agnès dans L'Ecole des femmes de Molière avec Bernard Blier en Arnolphe, c'était du théâtre spécialement conçu pour la télévision dans une mise en scène de Raymond Rouleau. Sans cette pièce, je n'aurais pas fait L'Histoire d'Adèle H. François Truffaut m'a découverte à la télévision. Il m'avait dit : "C'est la première fois que j'ai pleuré devant mon poste." Et l'on peut dire que cela a décidé de ma vie puisque l'administrateur d'alors, Pierre Dux, n'a pas voulu me donner de congé pour tourner et j'ai alors choisi de quitter le Français... Pour moi, l'adaptation d'une œuvre classique à la télévision est presque une tradition. Beaucoup de gens m'ont remarquée à la télévision, pas au théâtre. On donne toujours des lettres de noblesse plus importantes à un film parce qu'il fait le tour du monde. Je n'ai aucun à priori avec le petit écran. Tout est dans la qualité du résultat, ce dont on ne peut jamais être absolument certain, mais avec Jacques Weber j'avais confiance.

Connaissez-vous Jacques Weber depuis longtemps?
Oui, depuis son concours de sortie du Conservatoire. Il était l'un des plus brillants avec Francis Huster. A l'époque, je devais avoir 15 ans et demi. C'était vraiment le début des débuts... J'étais venue tremblante assister à ce concours.

Vous aviez joué ensemble dans "Faustine ou le Bel Eté", le film de Nina Companeez en 1972.
J'adore le lyrisme de Nina Companeez dont je n'ai pas encore vu la série Voici venir l'orage. Je suis tombée amoureuse du Cyrano de Bergerac de Jacques Weber avec Marina Hands et Xavier Gallais à la MC93 de Bobigny. J'ai fait découvrir Marina Hands à Patrice Chéreau qui l'a engagée pour le rôle d'Aricie dans Phèdre.

Connaissiez-vous également Denis Podalydès qui joue Figaro?
Je suis une fan! Son livre Scènes de la vie d'acteur est une petite bible pour moi. Je serais volontiers dirigée par lui.

Quelle touche personnelle apportez-vous au personnage de la comtesse?
La comtesse est un personnage sensuel. C'est une femme délaissée, qui vit dans la chaleur de l'été. Elle a une sorte de langueur, elle n'a plus grand chose à attendre sauf lorsque Chérubin apparait comme une aventure possible. Grâce à la passivité de mon personnage, je pouvais me mettre à l'écoute de l'énergie de Denis Podalydès et de la musique du texte. J'étais à la fois actrice et spectatrice. J'aime admirer les acteurs s'ils sont à admirer.

Comment Jacques Weber dirige-t-il ses partenaires?
Jacques Weber est avant tout un comédien. Il aime qu'on soit inventif. Nous nous laissions la possibilité de ne pas complètement savoir comment il allait tourner sa scène. Pialat et Bergman son ses dieux. Je me souviens d'une phrase d'Antonioni. Pour lui, "mettre en scène, c'était comme un rêvé éveillé". C'est important qu'on laisse un espace de liberté. Jacques Weber pourrait tourner pour le cinéma, mais je pense qu'il n'osera pas. C'est quelqu'un de trop modeste.

Céline Sallette est formidable dans le rôle de Suzanne.
Oui, elle est remarquable. C'est une jeune fille qui a un jeu et un physiques très modernes. Elle est ravissante, elle fait de Suzanne un chat sauvage. Et Stanley Weber, quelle révélation!

Vous avez failli joué la résistante Marie-Madeleine Fourcade pour TF1 il y a deux ans, mais le projet n'a pas abouti.
Takis Candilis n'a pas réussi à convaincre les ayants droits. J'espère le coproduire pour le cinéma.

Quels sont vos projets?
En mai, je tournerai pour Arte Un jour au collège (titre provisoire) dans un établissement de banlieue sous la direction de Jean-Paul Lilienfeld. J'y interpréterai une prof qui va prendre en otage ses élèves. En avril, je tournerai avec Anthony Minghella, pour le film qu'il réalisera dans le cadre de New York, I love you, après Paris, je t'aime. J'ai également en projet un film avec Martine Dugowson inspiré de la dernière biographie de Marilyn. Un autre encore intitulé Forfait Caribou, avec Isabelle Mergault, sur des histoires tragi-comiques de couple. Je n'ai en revanche pas de projet de théâtre pour l'instant. Quand j'en fais, cela devient la chose la plus importante au monde... Quand j'étais jeune, je pensais que j'arrêterais tôt. Aujourd'hui, je ne suis pas satisfaite, il faut donc que je continue. C'est un métier difficile, il faut aussi être une image aujourd'hui. Une carrière n'est plus seulement liée au talent. J'ai toujours accordé du temps à mon "essentiel", aujourd'hui mon fils Gabriel-Kane. Il a beaucoup de facilités artistiques. Il aurait rêvé que je joue la mère du petit Nicolas! Il m'a vue dans Le Petit Bougnat, le film de Bernard Toublanc-Michel. Grâce à ce film, j'ai l'impression que les problèmes relationnels que rencontrent les adolescents avec leurs parents me seront épargnés!

Propos recueillis par Armelle Héliot et Nathalie Simon