Ses secrets (3/3)

4 mars 2008

Pour Quartet et Possession, Isabelle Adjani se livre dans le ELLE du 18 mai 1981. La Couverture, 12 pages intérieures avec une interview des plus adjanesque, ses goûts en matière de mode, accessoires, décoration intérieure et surtout de magnifiques photos de Brigitte Lacombe : voilà ce que recèle ce très beau numéro du célèbre magazine féminin.















(suite des posts des 14 et 24 février 2008)

- Mais, là, vous parlez de choses qui se passent très loin. Rien ne vous révolte, autour de vous?
- Sous mes yeux, tous les jours, tous les soirs... Je trouve intolérable tout ce qui peut faire souffrir. Et je suis très douillette : ça commence dans la rue quand je ne trouve pas de taxi, et ça finit quand je me coince le doigt dans la porte.
- Vous ne parlez que de peines personnelles. Peut-on aider les autres? Ou faut-il attendre qu'ils se révoltent, eux aussi?
- Quand on est conscient, autant entrainer le mouvement. J'essaie, quelquefois.
- On ne peut pas accélérer le pendule?
- Chaque minute, à sa minute, accélère le pendule. Je crois au compte de ce qui est fait. Sur le sentiment, Brecht disait : "Penchez-vous d'abord, ça viendra après." Je n'aime pas qu'on dise : "Il faut"... Faire, sans imposer. Que l'action, même si elle se transforme, demeure imperturbable. L'envie est un réel moteur, mais il y a des urgences.
- Elle ne prend jamais la première place, chez vous?
- Quand je ne travaille pas, je suis très flemmarde et les envies défilent. Il me vient des envies bénignes. Apprendre à jouer du piano, pour de bon. Mais ça se dégonfle très vite. Sans doute, une vague peur de ne pas être trop douée. Tant que c'est scolaire, ça va...
- Qu'est-ce qui vous rassure?
- Des choses très simples...
- Des gens?
- Les choses plutôt que les gens. Des oreillers en plumes. Des chemises de nuit, très fraîches, très blanches. Si je vais mal, ça me pousse à prendre un bain, à me rafraîchir. L'idée d'un corps qu'on n'aime pas dans un linge très propre à quelque chose de désagréable. Ça me pousse à m'aimer un peu plus. J'aime aussi, lorsque je rentre chez moi, retrouver tout beau, tout poli.
- Un vieux rêve? Un souvenir d'enfance?
- J'aime également les hôtels. Les hôtels, ça attend n'importe qui, mais c'est aussi fait pour vous. Un lit défait, ça me donne le cafard. J'aime retrouver les choses le soir, un peu différentes, plus accueillantes.
- Les vêtements, pareil?

- Je m'attache férocement à ceux que j'aime. Et j'ai parfois des envies aussi féroces de m'en débarrasser. C'est inconcevable de devenir fétichiste des matières et des formes. C'est péniblement superficiel. Alors, je me secoue. Je prend et je largue.
- Vous avez des vêtements-souvenirs?
- Il y en a auxquels je tiens beaucoup. Pas spécialement beaux, pas spécialement seyants... Pas mettables, quoi. Il y a des étoffes qui grattent, des trucs qui ne collent pas. Généralement, quand on me dit : "Tu es sapée comme un sac", c'est que je porte les choses que je préfère, je ne comprend pas.













- Il y a un peu de goût de la contradiction, là-dessous?

- J'aime bien mes défroques. Mais ce qu'on pense de moi me fait songer au jeu des poses, dans les cours de récréation. Les petites filles tournent en rond et se figent dans une attitude, dans une grimace. C'est Pompéi. Les gens disent : "Voilà, c'est elle!". Pas d'accord!
- Qu'est-ce qui détermine vos changements? Vos refus?
- Je ne me sens pas disparate. C'est comme une photo maquillée et une photo démaquillée, ça donne un autre genre, mais c'est la même fille. Katharine Hepburn est restée elle-même, en virevoltant de "L'Impossible Monsieur Bébé" à Pearl Buck. Moi, ça ne me viendrait pas à l'idée de ne lire que Beauvoir ou Dorin, Duras ou des bandes dessinées.
- Mais vous pourriez changer définitivement? Emprunter un autre chemin?
- Si j'étais un jour frappée par la foi, éventuellement.
- Alors, Dieu, mais pas un homme?
- Un coup de foudre fabuleux! Ou un hypnotiseur. Je partirais m'installer dans l'île de Gorée.
- Vous n'avez pas choisi une île déserte. Il y a un bateau-retour.
- Pour Dakar.
- C'est important pour vous qu'il y ait toujours un ticket de retour?
- Oui.
- Alors, ce n'est pas un vrai départ.
- Vous me voyez vraiment subjuguée? Ca n'arrive que dans les films!

Martin Even

Photo 1 : Au "Privilège", la boîte de Fabrice Emaer, sous Le Palace, on se retrouve entre amis, on danse, on discute, on est gai et bien avec une coupe de champagne Cristal (son préféré). Pour cette soirée, Isabelle s'est amusée à dépareiller : un short brodé en jersey blanc (E. Khanh) avec une blouse de dentelle ancienne (Naphtaline), collants blancs. Dans les cheveux remontés, peignes noirs et strass (E. Khanh).
Photo 2 : Son restaurant favori, c'est la Brasserie des Innocents, aux Halles : mini-robe (Kenzo), mini-boa de cygne (Diamant Noir), boucles d'oreilles (Kenzo).
Photo 3 : Un petit pas de menuet, dans un ensemble très page Renaissance en velours milleraies (caraco et pantalon Agnès B). Sac métallique (Isadora), chemisier (Agnès B). Collants (Sport Center). Chaussures vernies à petit noeud plat (Stéphane Kélian).
Photo 4 : Les houppettes dans les cheveux, pourquoi pas, c'est la touche de douceur, la caresse du cygne (Grands Magasins). Gilet, chemisier, cravate (Agnès B).
Photo 5 : En écoutant Joe Jackson ou Les Clash, Isabelle étudie un nouveau script, habillée d'une longue robe de voile de coton à plis religieuse (Emmanuelle Khanh).