Paris, Lancel et Isabelle

10 avril 2008

C'est accompagnée de Marc Lelandais, P.-D.G. de Lancel, qu'Isabelle Adjani répond aux questions du magazine PARIS Capitale au sujet de sa collaboration avec la prestigieuse marque de luxe.



Vous n'aviez jamais accepté de devenir ambassadrice d'une marque. Cette fois-ci, qu'est-ce qui vous a incité à accepter?

Isabelle Adjani : Ma rencontre artistique, enrichie d'un supplément d'âme, avec Marc Lelandais. Au départ, nous nous sommes vu de manière naturelle, sans intention spéciale. Marc m'a fait le plaisir de venir me voir jouer Marie Stuart au théâtre Marigny, puis nous avons dîné ensemble. Passionné, il m'a raconté l'histoire d'Angèle Lancel, cette femme inventive qui, voilà 130 ans, s'est mise à créer des accessoires. Une connivence intellectuelle s'est instaurée immédiatement entre nous. Et quand il m'a proposé, plus tard, d'incarner l'esprit si français de cette Maison, j'ai dit oui.
Marc Lelandais : Je le confirme, notre rencontre s'est faite de manière naturelle, sereine même. Pour autant, c'est après une longue réflexion que je lui ai proposé d'être notre ambassadrice internationale. Car l'ambassadrice doit vivre la marque, la représenter dans différents lieux à travers le monde, faire des publicités, inaugurer des boutiques... accepter un rôle qui ne cesse jamais. J'ai rencontré de nombreuses personnalités qui ne percevaient pas notre langage, notre poésie.
I. A. : En fait, je me suis enthousiasmée pour ce projet. Marc ne souhaitait pas greffer à Lancel une simple image, il désirait quelqu'un qui la porte, la vive. Une personnalité qui en accompagnerait l'histoire. Je me suis donc imprégnée de la Maison. Et moi qui ne suis pas une bête de mode, même si certains créateurs peuvent me plaire ou me surprendre, je suis allée de surprise en surprise. Nous sommes dans une époque où s'impose la nécessité d'images qui racontent quelque chose, qui ne soient pas aseptisées... Et j'ai été heureuse de voir que, chez Lancel, on ne serait jamais en surface. Au final, j'ai dit "oui" parce que nous étions en osmose.
Et en vous investissant ainsi, qu'avez-vous découvert?
I. A. : Que cette marque, dont je trouvais la présence forte, était en pleine renaissance. J'avais apprécié, notamment, que Lancel, depuis peu, soit précurseur à travers des créations différentes mais aussi une communication audacieuse. La Maison avait, en effet, donné leur chance à des personnalités jeunes, inattendues, comme Laure Manaudou et Alice Taglioni, avant même qu'elles soient connues. J'ai été séduite par ce don de reconnaître, à l'avance, les talents. Puisque j'ai toujours aimé, dans mes films ou mes pièces, trouver un monde à découvrir, j'avais l'impression de pouvoir, à mon échelle, participer à un superbe voyage. Et quand, en plus, est née l'idée de créer un sac ensemble...
Voilà une belle idée. Quand sortira-t-il?
M. L. : Pour novembre, a priori.
Connaissez-vous déjà son nom?
I. A. : Nous l'ignorons... mais je peux vous dire que nous travaillons avec passion sur sa réalisation. Et je m'amuse à la folie. On part d'une page blanche où je peux exprimer mes goûts comme mes envies, évoquer mes déboires et regrets avec certains des sacs que j'ai eus. Ceux contre lesquels j'ai râlé parce qu'une poche manquait, ceux dans lesquels j'ai donné des coups de pied parce qu'ils n'avaient pas le cuir assez souple... Toutes les femmes ont en tête un fantasme de sac idéal - c'est pour cette raison que nous en possédons autant -, et moi j'ai la chance de pouvoir le faire naître.
Vous l'imaginez comment?
I. A. : En fait, comme j'aime les sacs un peu "oversize" - même si je sais que la pochette est tendance -, mon rêve serait d'en créer un de jour qui soit parfait le soir. J'adorerais qu'il soit à la fois structuré et mou, esthétique mais pratique, pour y ranger tout et même le reste!
Un sac essentiel pour vous?
I. A. : Evidemment. Et jamais je ne concevrais de sortir avec un sac qui ne me correspondrait pas. Dans les Lancel, j'aime beaucoup le Pirate, le Califourchon ainsi que le Premier Flirt en croco rouge.
Le concept de French Légèreté de Lancel correspond à une femme à la fois espiègle et insouciante. Mais comment l'associe-t-on à une comédienne qui a surtout incarné des personnages meurtris?
I. A. : (Rire) Ca, c'est le paradoxe de Marc Lelandais. C'est à lui de vous répondre!
M. L. : Choisir Isabelle, c'est oser un contrepied. Car si ce que vous dites sur ses rôles graves est vrai, moi j'ai surtout une image d'elle liée à La Gifle et à ses comédies. J'ai perçu qu'elle avait un autre univers au fond d'elle. J'ai vu une femme différente derrière l'image de l'actrice. Avec une grande liberté, du tempérament, des éclats de rire. Le paradoxe n'existe donc que dans le regard de ceux qui ne la connaissent pas.
I. A. : Quand je suis actrice je joue ; avec Lancel, je suis moi-même. Des comédies j'en ai faites et cette année j'en ai d'autres à tourner, donc il s'agit d'un mariage légitime, heureux. Des proches me disent souvent : "Tu aimes rire et beaucoup l'ignorent. Si les gens savaient comme tu es différente de ce qu'ils croient." C'est exact. Sans doute est-ce parce que je suis née avec une bouche en forme de moue que je parais mélancolique, mais ma vraie personnalité est faite d'humour et d'autodérision. Ma légèreté, je la réserve à ceux qui la perçoivent comme à mes intimes. Avec la French légèreté, j'ai donc la chance de pouvoir l'exprimer.
Enfin, qu'avez-vous dans votre sac?
I. A. : J'y accumule un tas de choses. J'ai même tout. Tout ce que je peux avoir oublié ; tout ce qui ne sert à rien ; tout ce dont je peux avoir besoin ; tout ce qui, en même temps, m'est essentiel. J'ai besoin, grâce à mon sac, d'oublier que je ne suis pas chez moi. Si, quand je suis à l'extérieur, j'ai l'impression que je n'ai pas quitté mon appartement, c'est que mon sac contient tout ce qu'il faut et qu'il est là pour moi.

Propos recueillis par Thierry Billard
Photos Stéphanie Ellmore