Au secours du corail polynésien

26 juillet 2008

Isabelle Adjani a accepté de devenir la marraine d'une nursery de corail à Bora Bora en Polynésie française. Elle s'est récemment rendue sur ce paradis lointain et a accordé un entretien à l'Agence Tahitienne de Presse.


Tahitipresse - C'est la première fois que vous venez en Polynésie. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps?
Isabelle Adjani - Aujourd'hui, je me pose moi-même la question. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour découvrir ce petit bout de paradis, niché au cœur du Pacifique... A la descente même de l'avion, on est accueilli avec des colliers de fleurs aux parfums exotiques, par des gens très chaleureux. J'ai pu lire que les Polynésiens étaient des voyageurs, qu'ils avaient l'habitude de parcourir les océans, d'aller à la rencontre de l'autre... Rien d'étonnant à ce qu'aujourd'hui, ils accueillent leurs hôtes dans le plus grand des respects, avec un sourire accroché au visage.

TP - Bora Bora, la Perle du Pacifique, Tahaa, l'île Vanille... Avez-vous une préférence?
IA - Impossible d'y répondre. Bora Bora, c'est l'île du mythe polynésien. Ce n'est pas pour rien que tout le monde rêve de tremper ses pieds dans les eaux de Bora. La presse internationale parle bien plus de Bora que de Tahiti, avec son lagon superbe, que le Bora Bora Pearl Beach Resort and Spa a su mettre en valeur, grâce notamment à son projet Toa Nui - une nursery de corail. Un univers magique où le corail est préservé avec amour. A n'en point douter, l'île du romantisme a tout pour transformer votre rêve en expérience éternelle. A quelques minutes en bateau, c'est Tahaa qui offre ses senteurs suaves et délicates. Après quelques jours au Tahha Island Resort and Spa, c'est avec tristesse que je quitte une terre idyllique et préservée. J'ai trouvé un Eden sur terre où il est possible de se retrouver en toute intimité et se reposer, sans crainte aucune.

TP - Justement, vous parlez du To'A Nui, la nursery de corail. En quoi consiste ce projet que vous qualifiez comme étant "un univers magique où le corail est préservé avec amour"? J'ai même entendu dire que vous seriez la marraine de ce projet... Qu'en est-il?
IA - Être la marraine de cœur de la nursery de corail To'A Nui, c'est pour moi l'occasion de suivre les actions menées par l'hôtel et l'association. Cette nursery est un lieu sous-marin privilégié destiné à sauvegarder les coraux en danger, à les soigner et à leur permettre de croître dans un environnement protégé. J'ai été agréablement impressionnée par la procédure qui a été mise en œuvre pour créer cette nursery. Des récifs artificiels ont été immergés pour servir de supports aux colonies coralliennes. Aujourd'hui, plus de 4000 colonies de coraux s'y sont installées. L'objectif étant de réimplanter les coraux sains sur la barrière récifale afin qu'elle vive et existe le plus longtemps possible. C'est un projet magnifique!

TP - Et l'on voit qu'il vous touche beaucoup. Vous allez aussi soutenir l'association Reef Check, et en devenir la marraine d'honneur. Qu'en est-il exactement?
IA - Tout à fait, je suis très touchée de ce titre de marraine. Très dynamique, l'association Reef Check Polynésie regroupe de gens passionnés qui essaient de sensibiliser la population locale à la fragilité de l'écosystème marin dont ils dépendent. Les récifs coralliens sont les véritables gardiens de la bio-diversité marine, les protecteurs des côtes contre les assauts de la houle océanique et surtout les garde-manger dont les polynésiens puisent leurs ressources. Hélas, même s'ils sont en bonne santé, par rapport aux autres récifs du reste du monde, les récifs polynésiens subissent les mêmes pressions. Qu'elles soient naturelles ou humaines. Un cyclone, la pollution, ou même un remblai humain peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la vie d'un récif. C'est pour cela que l'association Reef Check Polynésie surveille attentivement l'évolution de l'état de santé des récifs, en impliquant directement la population bénévole formée par une scientifique. Chapeau.

TP - D'après vous, concrètement, comment soutenir les action de cette association?
IA - Quand je vais revenir sur Paris, étant une des ambassadrices du Défi pour la Terre de Nicolas Hulot, je pourrai relayer les actions pour soutenir ces initiatives. Aujourd'hui, je sais que cette association tente de sensibiliser les pouvoirs publics. D'ailleurs, j'ai rencontré le ministre de l'environnement, M. Lionel Teihotu, qui prend à cœur la mission qui lui a été confiée par le président de la Polynésie française. L'environnement est la première matière première de l'économie touristique polynésienne. Sans ses beaux lagons, ses plages sublimes, ses vallées préservées, que sera la Polynésie? Avec le soutien des pouvoirs publics, mais aussi des investisseurs privés locaux et internationaux, il est possible de préserver la Polynésie. Le professionnalisme de Reef Check Polynésie n'est plus à démontrer aussi je soutiens aujourd'hui les actions menées par cette association pour le bien de la Polynésie, mais surtout pour le bien de la planète tout entière. Que l'on soit comédien, chanteur, fonctionnaire, ouvrir... tous, nous vivons sur la même planète. On est avant tout citoyen du monde, et donc responsables, tous autant que nous sommes, de son avenir.

TP - 2008 a été élue "Année mondiale des récifs coralliens". Avant ce voyage dans l'océan pacifique, aviez-vous déjà entendu parler des actions françaises en faveur des récifs coralliens?
IA - Présente dans les trois océans, la France se doit de participer à la protection des récifs coralliens de ses collectivités. Aujourd'hui, à l'heure où le Développement durable doit être la priorité de tous les pays, la France s'illustre, par le biais notamment de l'IFRECOR (Initiative Française pour les Récifs Coralliens), en travaillant avec de nombreuses associations qui montent des projets permettant une meilleure connaissance des récifs coralliens et donc une meilleure gestion. J'ai pu admirer des panneaux, feuilleter une bande-dessinée et divers documents qui ne peuvent qu'inciter à protéger cet environnement merveilleux. Ce savoir-faire français est également partagé avec les pays anglo-saxons de la zone pacifique grâce au programme CRISP, Coral Reef Initiative for the South Pacific.

TP - Vous qui avez eu l'occasion de parcourir le monde, que pensez-vous du fait que le tourisme polynésien ait du mal à grimper la pente?
IA - Avec des îles et lagons aussi magnifiques, des hôtels splendides, un peuple accueillant et chaleureux, je ne vois pas comment je pourrais hésiter à revenir. Sans m'immiscer dans les affaires locales, j'espère seulement que les Polynésiens sauront préserver leur environnement, leurs atouts, et les adapter aux défis modernes. Plages, lagons et cocotiers... c'est beau, et il n'y a rien à changer. Mais, il faut aussi se dire qu'aujourd'hui on voyage 'intelligent'. C'est-à-dire qu'un touriste vient certes pour tremper ses pieds dans le lagon de Bora Bora, mais aussi vient découvrir un mode de vie, une nature, une manière de pensée, une culture, tout en ayant à sa disposition tous les éléments de la modernité. Peut-être que la Polynésie doit continuer à déployer ses ailes.