Christophe vu par...

31 juillet 2008

"Elle le dit et elle le fait" : c'est le leitmotiv que Christophe fait susurrer à Isabelle Adjani sur Wo wo wo wo. La star nous raconte la rencontre.




"Est-ce que les chansons de Christophe ont compté dans ma vie ? Écoutez, qu'on le veuille ou non, c'est difficile de ne pas en avoir eu certaines dans la tête. Mais ce qui m'intéresse chez lui, ce sont moins ses chansons que son univers, et cet univers pour moi s'est précisé extraordinairement avec l'album Comme si la terre penchait, en 2001, pour lequel j'avais eu plus qu'un coup de coeur. Un album de Christophe, vraiment, ce ne sont pas des chansons, je ne sais pas très bien ce que c'est, plutôt une façon d'agencer les climats, de rentrer fortement dans des obsessions, et de les suivre. Par moments, il coule. Et par moments au contraire, il est en apesanteur. Je ne suis pas quelqu'un qui aime perdre le contact avec la réalité, mais il est impossible d'écouter un album de Christophe sans changer d'état. On entre dans une bulle hypersensitive, et ce qui circule à l'intérieur est contagieux.

Christophe est venu me voir au théâtre jouer Marie Stuart. Il est venu voir la pièce, je ne crois pas me tromper, quatre ou cinq fois. Après chaque représentation, il venait dans ma loge. Il avait une façon de se taire qui m'a bouleversée. En général, après une représentation, on entend des mots, des mots, des mots, et souvent on préfèrerait pas de compliments du tout que ces phrases plus ou moins de politesse. La façon dont il semblait avoir été ému m'a beaucoup touchée. Et puis il s'est mis à m'envoyer des SMS, que j'ai gardés, ce que je ne fais généralement pas. Des choses comme "Voulez-vous venir danser avec moi ?" Il faisait un fixation sur ma voix. C'est quelque chose qui l'obsède, les voix. Cela m'étonnait, car je ne considère pas que la mienne ait quoi que ce soit de particulier. Il m'écrivait aussi "Je veux vous filmer", je me disais "Ah bon, il fait des films maintenant ?" Peu à peu, j'ai appris à décrypter, à comprendre qu'il parle de sa musique en terme d'images et qu'il me demandait simplement de poser ma voix sur un de ses morceaux. L'enregistrement a eu lieu chez lui, une nuit, parce qu'avec lui c'était pas possible que ça se fasse le jour. Je n'arrivais pas à y aller, j'ai repoussé plusieurs fois. Après un an de SMS, je m'étais habituée à ce que ce soit une collaboration virtuelle et je ne me voyais plus le faire vraiment. Il ne s'est pas énervé, m'a dit très doucement un jour, quand il finissait l'album, "Maintenant ça ne va plus être possible", et je suis venue in extrémis. Quand on fait quelque chose avec lui, en fait, on ne se rend pas compte qu'on le fait - et de toute façon, ce que j'ai fait sur ce disque n'est effectivement pas grand chose. J'ai dit le texte tel qu'il me l'a présenté à l'exception d'une phrase "Elle a dit "je vais tout avaler". Ca semble de la pudibonderie, mais je pensais que dit par moi ça aurait sonné faux, qu'il ferait mieux de le demander à une actrice comme Emmanuelle Seigner, qui a un peps trash que je n'ai pas. Je pensais que pour lui ce serait une question pivot, mais pas du tout, ça lui était parfaitement égal d'enlever cette phrase. Dès l'enregistrement, j'ai adoré sa façon d'enchaîner les "wo wo wo wo", je me suis dit "Ça y est, je suis vraiment chez Christophe". Et Christophe, c'est vraiment un être à part."

(Propos recueillis par Jean-Marc Lalanne)

Les Inrockuptibles - n° 657 du 1er juillet 2008.