Ingrid=espoir=victoire

31 juillet 2008

Jeudi 3 juillet, en plein milieu de l'après-midi, je me trouve devant la télévision, et ce n'est pas dans mes habitudes. La même chose s'est produite la veille jusqu'à trois heures du matin parce qu'il y a ces moments dans la vie où on se retrouve comme ça, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, à suivre un événement qu'on n'oubliera jamais...

Des mains plaquées contre un hublot d'avion, qui ont l'air toutes petites, comme si les enfants, devenus grands, venus enfin retrouver leur mère, étaient à nouveau des petits qui voulaient sortir le plus vite possible...
Un SMS sur l'écran de mon portable : "Espoir=Victoire." Oui, on l'a sauvée, oui, on l'a libérée! Oui, elle nous a sauvés, oui, elle nous a libérés!
La vie a rejailli en elle immédiatement, sous nos yeux, et les mots avec elle pour porter le témoignage nécessaire, elle, le symbole de la résistance, de la résilience, de la renaissance, au-delà de ce qu'on n'a pas tenté d'imaginer.
Elle n'est pas revenue en faisant défiler des images de souffrance mais de compassion habitée, avec une telle valeur humaine en elle qu'elle a fait grandir la nôtre. D'emblée. Aguerrie mais pas endurcie.
Depuis, bien sûr, les analyses politico-psycho-socio-théologiques se succèdent. Elle est examinée, auscultée, presque autopsiée. Le scepticisme de la machine médiatique fait vrombir les moteurs de ses émissions critiques. On est un peu gêné de l'entendre rendre grâce à Dieu et à l'armée dans la même phrase. On est un peu gêné par le chapelet et la croix géante qui bougent à son poignet et on ne sait plus à quelle sainte se vouer... L'espoir fait vivre. Foi ou espoir? En anglais, il existe des prénoms que j'aime beaucoup, Faith et Hope. Je ne connais pas en France de petite fille ou de femme prénommée Foi ou Espoir. Alors permettez-moi, chère Ingrid, de vous affubler solennellement de ce grand petit nom d'Espoir pour m'adresser à vous ici. Car l'espoir, du côté de chez vous, du côté de chez nous, n'a jamais été porté disparu, n'a jamais disparu.
Il nous a toutes et tous portés. Nous avons été là pour vous, et nous restons là avec vous.
Merci d'être l'Espoir qu'une épreuve peut devenir une preuve de vie, merci de nous remplir de vous lorsque vous déclarez : "Je vous appartiens."
Comme Etty Hillesum, fervente, croyante comme vous, lorsqu'elle écrit dans son journal : "Sans doute un petit morceau de ciel restera toujours invisible et j'aurai toujours en moi un espace intérieur assez vaste pour joindre les mains en prière."
Merci d'être l'espoir immense que vous faites naître dans le cœur de tous les otages du monde et de leur famille, d'être l'espoir qui saisit la planète pour qu'aujourd'hui plus que jamais elle refuse le "mal fou" de la prise d'otage comme arme de destruction de notre part d'humanité.
Isabelle Adjani

De Vous À Moi - Édito du Madame Figaro du 16 juillet 2008.