Adjani, envoûtante Marguerite

12 décembre 2008

Le magazine Paris Capitale consacre à nouveau un article sur l'actualité d'Isabelle Adjani. Vous retrouverez ce mois-ci un article à propos de l'exposition Le Maître et Marguerite présentée à Paris depuis hier. En voici la retranscription.



Ensorcelant, le chef-d'oeuvre de Mikhaïl Boulgakov, Le
Maître et Marguerite, devient par la magie du photographe Jean-Daniel Lorieux une exposition de photos incarnée par la poésie mystérieuse d'Isabelle Adjani.

Dès sa publication, en 1966, Le Maître et Marguerite s'impose comme un roman culte bienau-delà des frontières russes. De ce succès international, son auteur, Mikhaïl boulgakov, n'en saura toutefois rien. Médecin comme Céline, il meurt en 1940, quelques semaines après achevé cette fresque philosophique et satirique sur les frasques du diable à Moscou à laquelle il a consacré douze ans de sa vie. Très vite, ce conte philosophique où s'affrontent le Bien et le Mal inspire de nombreux artistes, musiciens -comme les Rolling Stones dans Sympathy for the Devil- et évidemment cinéastes -comme ce producteur russe qui aurait dépensé 15 millions d'euros pour l'adapter et n'en aurait fait qu'une projection tellement il détesta le film!
L'homme d'affaires Evgueny Yakovlev, tombé lui aussi sous le charme du livre, ne connaîtra sûrement pas cette mésaventure. Lors d'une exposition consacrée à Jean-Daniel Lorieux au musée d'Art moderne de Moscou, il fait la connaissance du photographe. De ce coup de foudre artistique va naître ce projet un peu fou d'une gigantesque expo photo itinérante autour du chef-d'oeuvre de Boulgakov. "J'ai des liens particuliers avec la Russie : mes ancêtres ont construit le Transsibérien!, sourit Jean-Daniel Lorieux. Alors quand Evgueny Yakovlev lui confie son désir de voir Isabelle Adjani incarner Marguerite, il n'hésite pas un instant. Je l'ai aussitôt appelée de mon portable : elle était enthousiaste!"
Fan du roman, la star y voit un rôle à la hauteur de ses émotions. Comme La Reine Margot ou La Dame aux Camélias, cette Marguerite véhicule une sensualité, un mystère et une force qui lui vont comme un gant. "J'ai procédé comme à un découpage de film, raconte le photographe, qui fut l'assistant de Marcel Carné et d'Henri Decoin. Nous avons sélectionné vingt-deux plans et cinquante cadrages." au final, c'est un gigantesque shooting de quinze jours qui est organisé en Russie, avec plus d'une centaine de comédiens, figurants, techniciens - dont la costumière césarisée et moliérisée Dominique Borg - et un budget de 2 millions d'euros. "C'est du cinéma avec arrêt sur image sur moi!", s'émerveille Isabelle Adjani. Pour le producteur, dont la réussite professionnelle est exceptionnelle, cette aventure est un fantasme absolu.
Le résultat surpasse les ambitions. "J'ai souvent éclairé à la bougie comme sur Barry Lindon, j'ai travaillé en longue focale et en close-up pour capter le mystère et la sensualité d'Isabelle", explique Jean-Daniel Lorieux, dont le meilleur souvenir reste la scène du bal de Satan. Polars à l'appui, il affirme n'avoir retouché aucune photo! Quant à Isabelle Adjani, elle dit avoir pris autant de plaisir à travailler avec Lorieux qu'avec Avedon pour Egoïste. Un beau compliment que ne dément pas le making-of de vingt-six minutes (ndlr : une version de huit minutes sera finalement retenue) diffusé dans la galerie Ariane Dandois où sont exposées jusqu'au 3 janvier les photos. Après leur étape parisienne, celles-ci s'envoleront pour Moscou, Londres et New York. Des coffrets exclusifs d'une vingtaine de tirages seront proposés aux amateurs... avant peut-être une nouvelle adaptation cinématographique, les Américains venant d'acheter les droits du livre.
Sylvie Gassot