En souvenir de Claude Berri

13 janvier 2009

Isabelle Adjani, dont le film La reine Margot a été produit par Claude Berri, se souvient, pour Le Parisien et L'EXPRESS.fr, de l'homme de cinéma décédé hier.


"Je suis triste, comme tous ceux qui ont connu Claude, même si je ne l'avais plus revu depuis la mort de son fils Julien. Mes premiers souvenirs sont liés au couple qu'il formait avec Anne-Marie Rassam, sa première femme. Ils remontent à l'adolescence. A mes débuts dans le cinéma, Claude m'avait présenté Maurice Pialat pour qu'il me fasse tourner, et moi, j'avais fait ma mauvaise tête, comme d'habitude. Son appartement de la rue Baujon était comme une plate-forme cosmopolite. Je me souviens d'y avoir rencontré Francis Ford Coppola, Roman Polanski.
C'était un très grand producteur et un merveilleux acteur aussi. Il était doué pour découvrir les artistes avant les autres, il avait un côté visionnaire, énormément d'intuition, tant dans le domaine du cinéma que de l'art contemporain. Il m'a toujours fait penser à Gainsbourg. Comme lui, c'était une personnalité hors du commun, un peu en marge et jamais conventionnelle, sans avoir peur de prendre d'énormes risques. C'était un vrai joueur. Il était resté un enfant surdoué.
Sur le plan personnel, mes souvenirs de Claude sont malheureusement pour la plupart en rapport avec le chagrin et le drame. Mais, quand Claude était heureux, c'était un vrai feu d'artifice. Il était cash dans ses sentiments. Quand un être le fascinait, il en tombait aussitôt amoureux. Claude aimait les femmes. Je pense qu'Anne-Marie et Nathalie Rheims ont été les deux pôles solaires dans sa vie. Et j'aime à penser qu'il a pu réaliser ses rêves ces dernières années grâce à sa compagne Nathalie. Mais je suis sûre qu'il lui restait des tas de projets à concrétiser."
Propos recueillis par Hubert Lizé


« Il m'a accueillie à l'âge de 19 ans. Avec sa femme et son beau-frère (Anne-Marie et Jean-Pierre Rassam, tous deux disparus), c'était ma famille d'adoption. J'étais moins à l'aise avec Claude, d'une personnalité très complexe, capable d'être terriblement attachant et, le jour suivant, parfaitement indécent, désinhibé et dur. Il n'avait aucun complexe, suivait son instinct sans se poser les questions existentielles qui nous pourrissent la vie. Il a toujours su, mieux que personne, quels étaient les auteurs à suivre et leur laisser une entière liberté sur le tournage. Il était doté d'un grand amour pour les acteurs et j'aurai tellement aimé être dirigée par lui... »