La genèse de la Jupe

21 janvier 2009

Retour sur l'origine de La Journée de la jupe avec cette note d'intention livrée par le réalisateur Jean-Paul Lilienfeld.


Par rapport à mon parcours, ce film est atypique. Je me rapproche de moi-même avec le temps...
Imprégné d’humanisme, j’ai longtemps pensé que le problème des banlieues était assez simple à formuler sous la forme d’une équation à deux variables trop connues : Pauvreté + Racisme = Rage.
Cela m’incita, il y a 20 ans, à écrire mon premier scénario : L’ŒIL AU BEUR NOIR qui relatait les difficultés d’un noir et d’un arabe à trouver un appartement à louer à Paris.
Puis en 2001 à écrire et réaliser HS dont la particularité consistait à ce que le premier rôle soit tenu par un noir, non parce que le scénario l’exigeait mais parce que Dieudonné était tout simplement un excellent comédien (il n’avait pas encore révélé ses positions actuelles, que je conteste totalement).
Je me suis heurté aux objections de certains : «Pourquoi prendre un noir? Ce n’est pas indispensable.» J’adorais répondre «pourquoi pas?»... Mais aujourd’hui, je constate que «les données de l’équation» se sont aggravées et complexifiées...
J’ai passé les 18 premières années de ma vie à Créteil.
Les cités, la mixité sociale et ethnique étaient mon quotidien.
J’y retourne régulièrement voir ma mère.
Je sais ce que c’était, je vois ce que c’est devenu.
J’ai eu envie de parler de ce qui m’avait permis d’en sortir et qui ne sert plus à ça aujourd’hui : l’école.
J’ai eu envie de parler du durcissement des positions, du recul des relations garçons/filles. Les trajets entre les barres ou les couples d’un jour pour toujours s’embrassaient sont devenus unisexes : le chemin des filles, le chemin des garçons.
Le déclic s’est produit fin 2005. Je voyais tout brûler, je voyais des mères expliquer qu’elles n’arrivaient pas à retenir leurs enfants à la maison parce qu’ils étaient trop en colère et en même temps, je ne voyais pas une seule fille dans la rue.
Et tout à coup, je me suis demandé si les filles n’étaient pas en colère ou si elles étaient déjà matées.
C’est de là que c’est parti.
Mais je voulais faire un spectacle. Un spectacle avec certes un propos mais avant tout un spectacle, qui permette non plus de constater de l’extérieur dans une noirceur sans issue, mais d’être happé par une histoire et de ressentir émotion ou colère.
Il me fallait un dispositif...
Je souhaite avec LA JOURNÉE DE LA JUPE proposer un récit qui nous rappelle que, quels que soient les choix politiques ou religieux de chacun, il existe des valeurs de base indiscutables et intransgressibles. Ne rien simplifier et ne rien occulter.
Croire que les femmes, doubles victimes de leur statut social et familial, peuvent favoriser l’émergence du changement.