Isabelle Adjani fait sensation

14 mars 2009

"La sensation Adjani" titre Le Figaro Magazine de ce samedi 14 mars 2009. L'hebdomadaire couvre la sortie prochaine de La Journée de la jupe en nous livrant une critique, une interview et de magnifiques photos exclusives.






Dans « La Journée de la jupe », film aux allures de gifle qui va faire grincer les dents des bien-pensants, la comédienne incarne une prof de lycée difficile qui prend ses élèves en otage. Entretien avec la star la plus atypique du cinéma français.

Retenez ce nom : Jean-Paul Lilienfeld. Ce réalisateur de 47 ans vient de briser l'un des plus grands tabous français du demi-siècle écoulé. Avec La Journée de la jupe, il bat en brèche l'angélisme avec lequel le cinéma français évoquait jusqu'à maintenant l'enseignement dans les collèges ou lycées difficiles (Le Plus Beau Métier du Monde, Entre les Murs, etc.) Bien sûr, on y voyait quelques figures professorales exaspérées par la violence et l'agressivité - verbales, principalement - des adolescents. Mais tout cela restait plutôt, c'est le cas de le dire, bon enfant et l'on se quittait bons amis. Jean-Paul Lilienfeld, lui, a imaginé ce que d'aucuns estiment de moins en moins impossible en raison de la tension qui règne dans certains établissements sensibles : une prof qui disjoncte. Elle s'appelle ici Sonia Bergerac et subit chaque jour les agressions verbales et les actes d'incivilité et de misogynie des élèves de son cours de français - en écrasante majorité, des beurs et des Noirs. Lors d'une énième vaine tentative de les intéresser au Bourgeois Gentilhomme, elle découvre qu'un de ses élèves porte une arme. Elle s'en empare, s'affole, menace son propriétaire, Mouss, le caïd black de la classe, puis ses camarades à qui elle va imposer enfin l'intégralité de sa leçon dans le silence : un pistolet brandi dans leur direction. Des années de mépris, de frustration et d'insultes enfin vengées dans un huis clos où la tension va monter crescendo (y compris entre les jeunes) tandis que les forces de l'ordre s'organisent pour mettre fin à cette singulière prise d'otages. Adieu Molière, place à Racine...
Après une diffusion sur Arte vendredi 20 mars, le film sortira sur les écrans de cinéma le mercredi 25 mars. A ce jour, le nombre de salles qui le projetteront est modeste mais il pourrait gonfler dans les prochains jours. Acclamé lors de sa présentation au Festival de Berlin, encensé par la presse internationale, porté par un buzz phénoménal sur internet (des centaines de milliers de connexions sur Dailymotion), La Journée de la jupe suscite aussi plus qu'un intérêt poli parmi les bataillons de profs que compte la France. Si l'Education nationale comme les syndicats refusent de soutenir officiellement le film dans la mesure où un enseignant y fait usage d'une arme, «ce que l'on ne saurait cautionner» (comme s'il était question de cela...), difficile de ne pas penser que nombre de pédagogues qui ont été confrontés à cette forme de violence n'éprouveront pas un peu de compréhension et de compassion pour Sonia Bergerac, l'héroïne imaginée par Jean-Paul Lilienfeld qui, manifestement, connaît ses classiques grecs.
Dans ce rôle de femme au bord de la crise de nerfs, Isabelle Adjani est époustouflante. Tour à tour maternelle et meurtrière en puissance, calculatrice et désespérée, cynique et affectueuse, zen et déchaînée, irrésistible dans l'ironie grinçante et inquiétante dans la menace hystérique, elle rappelle à tous quelle comédienne exceptionnelle elle demeure, aussi à l'aise dans la comédie que dans le drame. Qu'une star comme elle ait accepté d'apporter son nom, son talent et sa caution à un projet aussi singulier est plus que réjouissant : exemplaire.

Par Jean-Christophe Buisson
Photos Philibert pour Le Figaro Magazine