Métaphore écologique

12 avril 2009

Le Figaro Magazine s'associe, avec la Fondation Yves Rocher, à la campagne mondiale lancée par les Nations unies pour le reboisement. Objectif : planter avant la fin de l'année six milliards sept cents millions d'arbres... Soit un arbre pour chaque habitant de la planète.

A cette occasion, Isabelle Adjani nous livre son témoignage en forme de métaphore.

Les arbres? Il n'y en a jamais assez dans les villes! Et hélas, il y en a de moins en moins dans les forêts! Au-delà de leur rôle fondamental dans l'équilibre des écosystèmes et dans les échanges gazeux de la planète, ils ont une fonction symbolique et culturelle essentielle.

Ma mère était allemande, mon père, algérien, je suis française... Alors, un arbre, c'est pour moi l'image la plus forte de l'intégration et du métissage : des graines se mélangent, des racines s'enfoncent profondément dans la terre, une terre nouvelle, une terre étrangère, un tronc commun solide s'érige, fier et fort de tout ce qu'il est, et puis la ramure s'épanouit en inventant de nouveaux langages et de nouvelles couleurs. Mais l'arbre, c'est aussi l'arbre de la liberté, l'arbre que l'on plantait pendant la Révolution française (avant la Terreur), l'arbre du renouveau et l'arbre de l'espoir que l'on retrouve sur les pièces de un euro. L'arbre, c'est aussi l'histoire, le savoir, la mémoire et la transmission : le mont des Oliviers, l'arbre sous lequel Saint Louis rendait la justice, l'arbre que l'on plante à Jérusalem en souvenir des victimes de la Shoah, l'arbre de décision jusqu'à l'arborescence qui a inspiré la construction des modèles de navigation des nouvelles technologies. Oui, il faut cesser de détruire les forêts, il faut en planter et en replanter sans cesse : parce que la disparition des arbres, elle signifie quoi? La disparition de l'humanité et de toute civilisation.

Photo Xavier Lambours/Signatures