Ariane l'avocate

18 mai 2009

Ariane Massenet, que l'on connaît notamment pour sa collaboration avec Marc-Olivier Fogiel et qui officie actuellement au côté de Michel Denisot dans Le Grand Journal de Canal+, a publié un billet d'humeur non sans humour, se posant en défenderesse d'Isabelle Adjani, dans le supplément La Parisienne du samedi 16 mai 2009.


Le Blog Isabelle Adjani
vous en propose la retranscription ci-dessous.

TOUT FEU, TOUTE FEMME

D'abord une confession : cela faisait longtemps, très longtemps même, que je voulais prendre la défense d'Isabelle Adjani. Puis une promesse : la prochaine fois, je n'attendrai pas aussi longtemps. Enfin, une certitude : on ne peut pas défendre chaque mois Ségolène Royal ni même Rachida Dati. La première m'excusera. La seconde m'écrira. Ou inversement. Ces deux femmes ont en commun de savoir prendre leur plume. La première pour demander pardon. La seconde, un service.
Isabelle Adjani, donc, la "reine Isabelle", l'actrice majuscule, notre unique star depuis la retraite animale de Brigitte Bardot, la sortie de piscine de Laure Manaudou et l'exil de Cécilia ex-Sarkosy. Isabelle Adjani, un esprit libre, un regard "pull marine", une folie assumée, un sens du tragique. Isabelle Adjani, une gifle, une claque, une bombe.
Alors pourquoi choisir de défendre une statue française. Parce que depuis toujours on a cherché à la déboulonner. Isabelle Adjani victime de cette belle logique médiatique appliquée aux stars : d'abord on les découvre, puis on les encense, on les "iconise". Il ne reste plus ensuite qu'à brûler l'idole. Or, même un navet ne justifie pas le bûcher. Certains sont aller jusqu'à dire : "Elle a quand même un peu chercher, donné le bâton pour se faire battre." Elle se serait moquée de son public, elle nous aurait pris de haut. Pourquoi? Comment? Devrait-on la juger pour son exil en Suisse ou choisir de la défendre pour cette rumeur persistante qui la disait malade du sida, dans une version soft, ou morte dans une version définitive. La "Reine Ragot" en quelque sorte.
Isabelle Adjani a toujours énervé son monde. Le public la juge parfois odieuse, mais c'est mal connaître cette vraie Parisienne, née à Paris. Et puis une star qui regarde Télématin ne peut pas être foncièrement odieuse. Passer trente minutes chaque jour avec William Leymergie est un signe d'ouverture, elle qui se régale de la série Médium et qui, comme moi, préfère Les Experts Miami pour le charisme de David Caruso. Les producteurs américains devraient la faire jouer dans une série. Elle a la distance et le franc-parler pour. De toute façon, Plus belle la vie l'ennuierait, et c'est dans Dexter ou Californication qu'elle nous éblouierait.
Et puis je dois confesser une dimension de fan à l'endroit des grandes stars et autres figures légendaires de ce pays : je collectionne les paquets de cigarettes japonais Alain Delon, je renvoie toujours mes cadeaux de presse à Catherine Deneuve, comme Michel Drucker, je déguste une fois par semaine les smoothies pressés par Jeannie Longo, j'ai baptisé mon chien Sumo comme Jacques Chirac, je crois à un risque révolutionnaire comme Dominique de Villepin et, comme Olivier Besancenot, j'ai travaillé pour NPA, mais sur Canal+.
Pour Isabelle Adjani, que pourrais-je faire? La voir une heure par jour, comme sa meilleure amie Yamina Benguigui, clamer mes désaccords avec le monde tel qu'il est, lui faire rencontrer Ségolène Royal et Rachida Dati -à moins que ce ne soit déjà fait. Ce qui est bien avec Isabelle Adjani, c'est qu'elle n'est jamais là où je l'attends. Ils ou elles sont rares, comme elle, à trahir le prévisible, à renouveler leur quotidien, à partir un jour pour revenir un autre alors qu'on ne les attendait plus. Avant elle, il y avait eu le général de Gaulle, Michel Polnareff et Patrick Sabatier. Après elle, on devrait revoir surgir Patrick Poivre d'Arvor, pas tout à fait parti, Bernard Madoff, pas tout à fait mort, Julien Dray, encore en décalage horaire, et Vladimir Poutine, aujourd'hui Premier ministre pour mieux revenir en président.
Et oui, les vraies stars ne meurent jamais. Prenez Elvis Presley, Mickey, Jésus... Isabelle Adjani fait partie de ces stars immortelles, toujours là, près de nous, en nous, calée dans nos souvenirs. Quant aux autres, ils sont comme moi condamnés à disparaitre. Mais alors, qui prendra ma défense?
Ariane Massenet
La Parisienne - Supplément Le Parisien du 16 mai 2009