Entretien avec Jean-Paul Lilienfeld

20 septembre 2009

À L'occasion de la sortie de La Journée de la jupe en vidéo, M. Jean-Paul Lilienfeld a très gentiment accepté d'accorder quelques instants au Blog Isabelle Adjani .

Découvrez sans plus tarder cet entretien.


Le Blog Isabelle Adjani : Pensez-vous que l'aventure de ce film arrive à son terme avec la sortie en vidéo ?
Jean-Paul Lilienfeld : Je ne crois pas car c'est un film qui va continuer à vivre. Par exemple, le Rectorat de Créteil a déjà prévu de le programmer dans les établissements de l'académie qui proposent des après-midi cinéma et des professeurs m'informent régulièrement de leur intention de l'intégrer dans leur enseignement. Donc, ça va doucement continuer. Maintenant, la carrière dite officielle et médiatique arrive elle en effet à son terme.

LeBlogIA : Le sujet ne permet-il pas au film de poursuivre une carrière en marge de son exploitation cinématographique ?
JPL : Sans considérer le film comme essentiel, si des gens pensent que le film peut servir d'outil pédagogique tant mieux.

LeBlogIA : Cet outil pédagogique ne parait-il pas plus nécessaire dans certains établissements scolaires plutôt que d'autres ?
JPL : Cette situation existe dans de nombreux collèges et pas essentiellement dans ceux de la banlieue parisienne par exemple. Le sujet principal du film, le respect, touche tous les milieux. Hier, je lisais un article sur une professeure qui a arrêté l'enseignement et qui a écrit un livre dans lequel elle dit que ce qui se rapproche le plus de ce qu'elle avait connu était La Journée de la jupe ; et cela se passait en Belgique. Le sujet semble universel : pour qu'une quinzaine de pays fasse l'acquisition du film, c'est que cela doit correspondre à quelque chose chez eux aussi.

LeBlogIA : Puisque vous évoquez les pays étrangers, parlons de la carrière de La Journée de la jupe en dehors de la France. Quand le film sortira t-il aux USA par exemple ?
JPL : À ma connaissance, ni les américains ni les anglais ne l'ont acheté à ce jour. Maintenant, il existe toujours un décalage entre le moment de la vente et celui où l'on en est informé mais à mon avis le film n'a pas encore été vendu dans les pays anglo-saxons.

LeBlogIA : A défaut d'obtenir une nomination aux Oscars dans l'immédiat, le film n'en reste t-il pas moins "Césarisable" ?
JPL : On n'en est pas là, on verra (sourire). De toute façon, n'importe quel film sorti dans l'année est Césarisable, après je n'en ai aucune idée. La nomination dépend d'un melting pot entre la renommée d'un film et sa côte d'amour auprès des gens du cinéma et là je n'ai aucune opinion. Comme je le disais, chaque film reste susceptible d'être nominé aux Césars. En tout cas, moi, j'espère beaucoup qu'Isabelle Adjani sera nommée et remportera le César de la meilleure actrice car je pense qu'elle le mérite. En ce qui concerne le film, cela ne se prévoit pas.

LeBlogIA : Vous n'osez pas juger votre travail qui pourtant a reçu bien des éloges. C'est tout à votre honneur.
JPL : Je crois plutôt que la prestation d'Isabelle a été saluée d'une manière quasi unanime. Je pense que, comme elle n'avait pas tourné depuis longtemps et qu'elle revient dans un rôle dans lequel elle est exceptionnelle, cela serait assez juste de rappeler qu'elle est une grande actrice et de le montrer.

LeBlogIA : La remise de la Nymphe à Monte-Carlo le laisse présager en tout cas.
JPL : Tout à fait.

LeBlogIA : Quel bilan faites-vous de la carrière de La Journée de la jupe : l'audience sur Arte, les entrées au cinéma, les récompenses obtenues ?
JPL : Je suis forcément content de l'audience sur Arte puisque c'est un record qui est uniquement battu par Marius et Jeannette diffusé 10 ans auparavant. Et comme à l'époque il y avait moins de chaînes de télévision, le nombre de téléspectateurs par chaîne était plus important. Je suis d'autant plus content de cette performance pour les gens de chez Arte qui ont pris le risque de faire le film. Concernant la carrière en salles, je resterai toujours et définitivement un peu frustré par le fait de ne pas avoir eu accès aux gros circuits. Maintenant, si l'on regarde celui dans lequel le film est sorti, on constate qu'il a explosé tous les records. En effet, à configuration équivalente, aucun film n'avait dépassé les 100000 entrées alors que nous venons d'atteindre les 145000 spectateurs.
Je fais aussi un très bon bilan en terme de notoriété. Le film existe dans l'esprit des gens et ça c'est formidable. Concernant les récompenses, on prend toujours beaucoup de plaisir à en recevoir.

LeBlogIA : Vous partez de loin. Personne ne voulait de votre film à l'origine. Sa diffusion sur Arte semblait vouée à la confidentialité. En fin de compte, il bénéficia d'une exposition et d'un succès inespérés.
JPL : C'est vrai, mais pendant sa fabrication je n'ai jamais perdu de vue la possibilité de le sortir en salle. J'ai donc toujours tenu à obtenir une qualité d'image et de son permettant une exploitation au cinéma de manière honorable. Et le film est finalement sorti en salles donc j'en suis ravi.

LeBlogIA : Justement, le film aurait-il été différent avec les moyens du cinéma ?
JPL : Avec plus de moyens, le résultat aurait certainement été différent notamment au niveau des "extérieurs" et de certaines scènes que j'aurais souhaité refaire jusqu'à obtenir le maximum du potentiel de certains comédiens. Simplement, le ratio temps/budget alloué ne nous permettait pas ce loisir et nous imposait d'arrêter à un moment donné. J'aurais souhaité aussi plus de figurants. Maintenant, il y a un aspect positif à tout ça : le film a trouvé une certaine cohérence dans son énergie et dans sa manière d'être filmé parce qu'il y avait une urgence.

LeBlogIA : Le rythme obtenu aurait-il été conservé avec d'autres conditions de tournage ?
JPL : Oui, car le rythme demeure une question de conception, d'écriture et de montage. La différence de budget se serait fait sentir, je le répète, en particulier sur le travail avec les comédiens et en extérieurs.

LeBlogIA : Certaines scènes prévues à l'origine dans le scénario ont-elles été abandonnées ou modifiées ?
JPL : Modifiées oui, par exemple le moment où tous les parents retrouvent leurs enfants. Comme je n'avais pas assez de comédiens, j'ai décidé de ne filmer que les jambes. Ainsi, l'ensemble des personnes présentes sur le plateau, y compris les acteurs, participèrent au tournage de la scène, créant ainsi plus de monde. Cette alternance entre la tête des parents et les pieds de toute l'équipe donne un plan que j'aime bien en définitive. Je ne peux pas dire si c'est mieux ou moins bien mais en tout cas c'est différent.
Aucune scène ne fut abandonnée car le travail sur le scénario en amont du tournage tint compte des moyens donnés et du temps imparti.

LeBlogIA : Des scènes furent-elles coupées au montage ?
JPL : En effet, il y a des scènes qui sont restées sur la table de montage. Soit elles ne me semblaient plus nécessaires, soit elle ne cadraient plus avec le ton général de l'histoire. Je pense en particulier à une scène d'altercation entre Denis Podalydès et Yann Collette qui tout à coup donnait un côté burlesque qui n'était pas en accord avec le reste.

LeBlogIA : Le montage final vous satisfait-il ?
JPL : Le film tel qu'il existe correspond à ce que je voulais. Je n'éprouve aucune envie ou besoin d'y intégrer ces scènes non retenues au montage.

LeBlogIA : A t-il été question de proposer ces scènes inédites dans les suppléments du DVD ?
JPL : Non, on en a jamais parlé, n'y pensé à le faire.

LeBlogIA : Quel est votre avis général sur le DVD et le Blu-ray proposés par Arte Éditions ?
JPL : Je trouve qu'ils ont fait un beau travail en terme de qualité et le Blu-ray apporte une fidélité à l'image extrêmement bonne. Je dirai que l'image sera bien meilleure là que dans certaines salles où le film fut projeté.

LeBlogIA : Ne regrettez-vous pas l'absence d'Isabelle Adjani dans les bonus ?
JPL : Non car elle est suffisamment présente dans le film. Tout va bien (rires). Elle n'apparait pas dans le documentaire car il se concentre essentiellement sur le travail des jeunes acteurs. Dès le début, on a orienté le making of sur les adolescents et pas spécialement sur elle. Même si on a toujours envie de voir la cuisine interne d'un grand comédien, ce qui nous a semblé le plus novateur c'était de voir la progression de gens qui n'avaient jamais tourné, de leur engagement au tournage.

LeBlogIA : Quels sont vos projets immédiats ?
JPL : Je vais à Moscou la semaine prochaine pour la sortie de La Journée de la jupe en Russie.

LeBlogIA : Isabelle Adjani vous accompagnera-t-elle ?
JPL : Non, le tournage de son prochain film commence dans les prochains jours.

Un grand merci à Jean-Paul Lilienfeld pour sa disponibilité et pour le temps qu'il a bien voulu consacrer au Blog Isabelle Adjani, et ce, depuis les prémices de la diffusion de son film sur Arte.