Adjani femme-flic

23 octobre 2009

Le Monde a décroché la première interview d'Isabelle Adjani donnée à propos de son prochain film dont le tournage débutera en novembre : De Force, réalisé par Franck Henry et avec comme partenaire Olivier Marchal.



Comment êtes-vous entrée dans cette aventure ?
Très simplement. Un ami commun m'a passé le script en me disant que l'auteur serait heureux que je le lise et qu'il méritait que je le regarde. C'est tout ce que je savais à ce moment-là. Alors je l'ai lu. Il y avait une évidence pour moi dans la qualité de l'histoire, dans le traitement, dans l'écriture, dans le désir de cinéma qui l'accompagnait. Quand tous ces éléments sont réunis, l'élan fait le reste. Il fallait encore que l'on se rencontre, que l'on découvre qui nous étions, qu'il me raconte ce qu'il voulait faire réellement. Mais l'essentiel était là. Lorsque comme ici, le projet passe par des canaux personnels sans l'intervention des agents ou d'intermédiaires professionnels, c'est souvent un très bon début.

La rencontre a-t-elle confirmé cette première intuition ?
Oui. C'était quelques jours plus tard, dans un grand hôtel. Là, je connaissais les grandes lignes de sa vie : le gang des postiches, la prison, l'écriture... Mais pas le détail. Je n'avais pas lu ses livres. Il avait l'air très préoccupé de ma réaction. Or je dois dire que, pour moi, ça n'a aucune importance. Il s'est acquitté de la dette qu'il avait envers la société, point. Le reste ne m'intéresse pas. Sauf sur un point : sans cette expérience, il n'y aurait pas de film.
Ensuite, j'ai surtout rencontré un homme avec une puissante personnalité, un désir de cinéma immense et un vrai passé de scénariste. Passionné, robuste. J'ai vu sa passion pour les acteurs, son envie de diriger. Quelqu'un d'intensément présent dans ce qu'il faisait.

Participer à un premier film amplifie-t-il l'enjeu ?
Honnêtement, Frank Henry est tellement en possession de son sujet que je n'ai pas l'impression de faire un premier film.

Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce rôle ?
Ce qui m'a séduite au départ était très personnel. Je n'ai jamais joué de flic et il n'y a rien de plus excitant dans ce métier que de découvrir un monde.
Là, j'y entre par le sommet - patronne de la BRB (brigade de répression du banditisme) -, ce qui est un peu inhabituel, mais en tant qu'actrice, je vais quand même devoir faire tout l'apprentissage.
J'attends de connaître les dates du tournage pour m'organiser, aller rencontrer des policiers, les voir travailler. Olivier Marchal, ancien de la maison, m'a déjà donné des contacts. Le plan de bataille n'est pas encore fixé mais je suis pressée d'aller au combat.

Frank Henry et vous, aviez-vous le même regard sur cette femme-flic ?
Complètement. C'est un univers de testostérone, très masculin donc, et pour y faire sa place, cette femme a renoncé à avoir une vie à elle. Sauf qu'elle a aussi un fils, qui n'est pas rentré dans le rang. Elle se trouve confrontée à un dilemme social et intime.
En ce sens, c'est une femme ordinaire, comme dit Frank. Une femme sans fard, en mission, douée d'une énergie sans nuance, mais aussi une mère. C'est précisément ça, cette faille, cette contradiction, qui nous intéresse tous les deux.

Propos recueillis par Nathaniel Herzberg

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