Ondine et les Critiques

1er novembre 2009

La page consacrée à Ondine vient tout juste d'être enrichie avec notamment de nouvelles dates, la distribution complète et l'affiche de la pièce. Vous pouvez aussi prendre connaissance ci-dessous d'une série de critiques sélectionnées objectivement par la Comédie-Française elle-même.


"Jamais je n'ai été aussi ému..."
Jamais ce conte du fond des eaux, jamais cette belle histoire allemande, jamais cette tragédie de l'amour enchanté, jamais ce poème de lumière, jamais ce cantique déchirant et féerique de l'exigence des passions, jamais ce combat de l'homme avec l'ange, jamais cette grande fantaisie légendaire n'a été représentée avec plus d'intelligence, de pittoresque, de faste et de simplicité... Jamais ne fut mieux mise en valeur la singulière, l'étincelante fantasmagorie giralducienne ; jamais n'a été plus limpide l'eau de cette œuvre cruelle ; et l'attachante magie d'un sincère aveu sous la préciosité du baroque n'a jamais été mieux rendue. Jamais je n'ai été aussi ému à cette pièce...
Jean-Jacques Gautier, Le Figaro, 23 mars 1974

"Sans féerie..."
Il y avait depuis trente-cinq ans un mirage Ondine. Ce mirage a pris fin... On a découvert qu'Ondine est une pièce sans féerie.
Michel Cournot, Le Monde, 23 mars 1974

"Trop somptueux"
La mise en scène de Raymond Rouleau, les décors, les costumes de Chloé Obolensky, le jeu d'ensemble de comédiens expérimentés, la musique et les bruitages, tout est littéralement somptueux... Trop, sans doute. La surcharge poétique qui nimbe cette œuvre s'en trouve comme gommée par accablement des moyens mis en œuvre.
Roger Maria, L'Humanité, 17 avril 1974

"La grâce n'est pas là..."
Il n'y a pas de fausse note... Tout est parfait ou presque... Un je ne sais quoi fait que la mayonnaise ne prend pas. La grâce n'est pas là...
Philippe Tesson, Le Canard Enchaîné, 27 mars 1974

"Bonheur de théâtre"
Rien n'est plus difficile à rendre que cette transparence. Et bien, Isabelle Adjani réussit à nous en convaincre à chaque instant. Tour à tour enjouée, tendre, amoureuse, désespérée, elle atteint dans l'émotion au naturel le plus franc et le plus spontané... Toujours elle demeure claire, vivante, et pourtant fragile, menacée. On est absolument fasciné. J'ai rarement vu comédienne d'une plus entière et plus touchante sincérité. Dans le rôle du chevalier Hans, qui est un rôle très difficile, Jean-Luc Boutté lui répond admirablement... Tout cet envahissement, ce jeu de la passion et de l'incompréhension, puis de la solitude et du renoncement, Jean-Luc Boutté en rend compte en très grand comédien dont il a l'étoffe et le poids. Mais, tous, de Geneviève Casile à François Chaumette, dans cette représentation exemplaire, méritent qu'on les complimentent... Il y a là un bonheur de théâtre des plus rares et qu'il ne faut pas manquer.
Pierre Marcabru, France Soir, 23 mars 1974

"Merci"
Je ne sais comment parler sans dithyrambes de Denise Gence, de Claude Winter, de Geneviève Casile, de François Chaumette, Louis Arbessier, Michel Duchaussoy, André Reybaz, Jacques Toja, Francis Huster, René Camoin. Ils sont magnifiques pris par un et, encore davantage, solidairement. Je me dois néanmoins de faire la portion la moins congrue à Isabelle Adjani et Jean-Luc Boutté, d'abord parce qu'ils supportent vaillamment toutes les comparaisons. Merci donc à Isabelle Adjani pour son nez rougi et sa pâleur adolescente, aussi vrais que son émotion ; et merci à Jean-Luc Boutté pour son lyrisme contenu, de noble métal.
Robin Livio, Combat, 23 mars 1974

"Grands comédiens"
Le charme du Français est que les seconds rôles sont toujours tenus par des grands comédiens : Geneviève Casile, sèche Bertha ; Louis Arbessier, vieux pêcheur tout rond ; François Chaumette, inquiétant Roi des Ondins ; Nicolas Silberg, Bertram de belle allure... et pas seulement, et un peu plus ; Denise Gence, douce vieille cassée ; Claude Winter, reine compréhensive et douce (la scène avec Ondine est une merveille)... et tous les autres.
Henry Rabine, La Croix, 8 avril 1974

"Péché véniel..."
Isabelle Adjani a la rareté, et ce don que rien ne peut remplacer - ni l'expérience ni la technique - de paraître, au fur et à mesure que les mots sortent de sa bouche encore enfantine, inventer le texte qu'elle sert. Certains se sont irrités de mal l'entendre du haut du balcon. Bien sûr, il faudra qu'elle veille à ne pas privilégier le parterre, qu'elle freine son émotion pour laisser porter sa voix. Qu'on lui pardonne ce péché véniel...
Annie Copperman, Les Échos, 29 mars 1974

"Un peu fée"
Elle est sûrement un peu fée : elle entre en scène, ou plutôt elle apparaît sur la scène sans faire une entrée, une fille de quinze ans pas tellement apprêtée, et les décors cessent d'être des décors, les répliques deviennent une vraie conversation, même quand le texte est de Giraudoux...
Robert Kanters, L'Express, 1er avril 1974

"L'amour"
En 1974, dans une mise en scène somptueuse et parfois écrasante de Raymond Rouleau, Ondine demeure, à la Comédie-Française, un fort beau spectacle. Mais c'est parce que le nouveau couple, formé par Jean-Luc Boutté et, surtout, Isabelle Adjani, a su conserver et exprimer l'essentiel de l'œuvre de Giraudoux : l'amour.
André Camp, L'Avant-Scène, 15 mai 1974