Premiers pas d'une jeune comédienne

18 décembre 2009

Grâce à la collaboration de Closer, Le BIA retranscrit et publie ce soir l'article du 5 décembre qui évoque les débuts d'Isabelle Adjani devant les caméras.





En 1969, Vincenzo Sartini est un jeune acteur italien de 24 ans. Dans
Le Petit Bougnat, il donne la réplique à une inconnue de 14 ans qui tourne pour la première fois : Isabelle Adjani. Aujourd’hui, Vincenzo est ophtalmo et vit à Rome, où nous sommes allés l’interviewer. En exclusivité pour Closer, il évoque ses souvenirs de la toute jeune Isabelle…

"C'est au mois de juillet 1969 que j'ai rencontré Isabelle. Elle faisait ses premiers pas devant une caméra. Le Petit Bougnat était une coproduction franco-italienne. J’avais été contacté pour tenir le rôle du moniteur dans une colonie de vacances, et elle incarnait une gamine qui faisait tout pour s’échapper de la colonie, tandis que le personnage du petit bougnat se cachait pour faire partie du groupe. Quand j’ai vu Isabelle pour la première fois, j’ai cru qu’elle avait 11 ou 12 ans – j’ai appris par la suite qu’elle en avait 14 ! Elle était jolie, assez timide et très gentille. Très bien élevée également. Mais elle n’avait pas du tout l’intention de devenir actrice – jamais elle n’a évoqué ce projet durant le tournage. Impossible de deviner qu’elle serait une si grande star ! Non, elle parlait beaucoup de l’école et des cours. Elle semblait très bonne élève. Le plus frappant, c’était sa façon de discuter comme une adulte ! Je me souviens du contraste entre sa silhouette enfantine, ses joues rondes, et son incroyable maturité. On parlait avec elle comme avec une grande personne… Même si elle était actrice débutante, elle jouait avec ce naturel, cette spontanéité talentueuse qu’ont certains enfants. Nous n’avons rencontré aucune difficulté dans les scènes que nous tournions, y compris celles en tête à tête (son personnage s’amourachait du moniteur, ndlr). Elle connaissait son texte par cœur. Et je me souviens aussi que sa maman était présente sur le tournage, attentive. C’était la seule dans ce cas : très discrète, elle était tout le temps assise dans un coin du plateau… Le plus drôle, c’est que je n’ai jamais pu voir le film achevé, une fois de retour chez moi, en Italie. Mais quinze jours avant que vous ne me contactiez, par le plus grand hasard, mon fils de 35 ans a reçu d’une amie parisienne un DVD du Petit Bougnat, que j’ai enfin pu découvrir ! Une incroyable coïncidence… Je ne connais malheureusement pas bien la filmographie d’Isabelle – peu distribuée en Italie – mais je l’ai adorée dans Nosferatu, de Werner Herzog, en 1979. Sa performance est impressionnante ! J’ai aussi vu L’histoire d’Adèle H. de François Truffaut, très beau, ou encore Diabolique, avec Sharon Stone. Mais j’aimerais en découvrir d’autres… Je me rappelle aussi qu’à la fin du tournage, Isabelle et moi nous sommes échangé nos adresses, et que nous nous sommes envoyé des cartes postales durant quelque temps. Isabelle a repris le lycée et moi j’ai achevé mes études de médecine. Ensuite, naturellement, les cartes se sont espacées, puis arrêtées. Devenu ophtalmologue, j’ai quitté l’Italie pour l’Australie, où j’ai résidé de longues années, puis l’Éthiopie et la bande de Gaza pour des missions médicales de l’ONU. Il y a une quinzaine d’années, je suis rentré à Rome, j’ai écrit des livres et repris le théâtre. Mais je n’ai plus jamais eu de nouvelles d’Isabelle et je n’ai pas osé la recontacter. Si jamais elle lit cet article, j’aimerais lui adresser toutes mes amitiés, et lui dire que je serais ravi de la revoir un jour…

PROPOS RECUEILLIS PAR ÉLIZABETH ELKINE-VINCENT
courrier@closermag.fr

Remerciements à Élizabeth Elkine-Vincent et Laurence Pieau