Revue de presse des César

1er mars 2010

Le Prophète, grand gagnant des César avec 9 récompenses, monopolise la quasi-totalité des articles parus ce matin au sujet de la Cérémonie qui s'est tenue samedi. Néanmoins, le BIA vous a sélectionné les Unes du JDD et de France Soir qui réservent une place de choix à Isabelle Adjani et vous les présente ci-dessous.

Le Journal du Dimanche - 28 février 2010
"Les larmes d'Adjani, meilleure actrice"



Le grand retour d'Isabelle Adjani
Star absolue des années 1980 avec trois César de la meilleure actrice (Possession en 82, L'Été Meurtrier en 84, Camille Claudel en 89), Isabelle Adjani est revenue en force l'an dernier avec La Journée de la jupe. Un succès comme elle n'en avait pas connu depuis La Reine Margot, réussite qui lui valut son quatrième César en 1995.
Depuis ce retour inattendu - dans ce qui est devenu le petit film coup-de-poing de l’année 2009 - l'actrice s'affiche heureuse et forte, engagée et bien en selle pour enchaîner des projets autrement plus excitants que celui d'enregistrer un album avec Pascal Obispo, annoncé puis abandonné courant 2007.
On la verra bientôt à l'affiche de Mammuth entre Gérard Depardieu et Yolande Moreau. Dans cette nouvelle comédie de Benoît Delépine et Gustave Kervern (Louise Michel), elle fait une apparition culottée en femme fantôme. Elle y est aussi créditée comme cameraman. "Peu de gens le savent mais Isabelle est une sacré technicienne, explique Hassan Guerrar, son attaché de presse. Elle a été la compagne d’un grand chef opérateur, Bruno Nuytten, et elle connaît le cinéma par le menu, lumière, montage etc. Elle pourrait très bien réaliser."

Ceux qui la croyaient finie repasseront
Sauf que, déjà, son agenda déborde. On la verra bientôt en patronne chez les flics dans De Force, un thriller, premier long-métrage de l'auteur de la série à succès Braquo, Franck Henry. Entretemps, elle a aussi initié l'adaptation au cinéma d'Imposture sur papier glacé, roman de Catherine Rambert qui a tous les atouts pour devenir une comédie acide et désopilante: elle y campera cette fois une patronne de presse "people" du genre foldingue. Elle doit aussi bientôt jouer dans Parfum d'Alger, projet développé avec Tarek Ben Ammar.
Une boulimie de travail qu'on n’attendait plus de la part de cette incandescente, connue pour être de celles qui rajeunissent le temps passant. Ceux qui la croyaient finie, précocement usée par l'incroyable énergie qu'elle aura apportée à ses rôles des années 70 et 80, pour la plupart hystériques ou ultra-romantiques (Adèle H pour Truffaut dès 75, Emily Brontë pour Téchiné, Quartet avec James Ivory…), repasseront. Mais les rumeurs qui ne l’ont jamais ménagée, parfois meurtrie (son supposé "sida" dans les années 80) n’ont plus autant de prises sur Adjani.
Aujourd’hui, dans la plupart de ses interviews, elle laisse entendre que sa notoriété la laisse froide. "Cela ne veut plus rien dire. Si c’était à refaire, je ne le referais pas." Elle y vante les bienfaits de la psychanalyse qu’elle suit depuis une dizaine d’années, évoque sans détour ses déboires amoureux avec Stéphane Delajoux, le chirurgien controversé de Johnny Hallyday et ses problèmes de poids. Et jure que le fameux sketch qu’elle a inspiré à Florence Foresti la fait bien rire. Elle y passe pourtant pour une star sous antidépresseurs. Ainsi, son parcours d’actrice, qu’elle a longtemps présenté comme "un traumatisme", est devenu, dans ses plus récentes déclarations, un "'traumatisme positif."
Au tournant des années 90 et 2000, la comédienne n’aurait sans doute pas présenté les choses aussi simplement. En 1995, elle avait dit vouloir privilégier sa tâche de mère célibataire avec Gabriel-Kane, le fils qu'elle a eu de l'acteur irlandais Daniel Day-Lewis. Excepté le bel Adolphe de Benoît Jacquot et l'amusant Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau, elle ne tourne rien de marquant. Elle frôle même le naufrage dans La Repentie de Laetitia Masson comme dans le remake américain des Diaboliques avec Sharon Stone. Au théâtre, dans La Dame aux camélias en 2000 puis dans Marie Stuart en 2006, elle crée l'événement ... à défaut de séduire la presse. Autant d'expériences et de fausses routes qui auront affûté sa détermination à retrouver le haut l'affiche au détour de La Journée de la jupe, une petite production qu’elle ne défend pas tant en "star" qu’en comédienne sincère, "épidermiquement de gauche." A l'origine, ce téléfilm écrit et réalisé par Jean-Paul Lilienfeld tient du défi: l'histoire d'une prof de français dépressive qui prend sa classe en otage… Un rôle limite qui aurait pu tourner au ridicule et convoquer un festival de clichés, mais qu'Adjani transforme en incarnation tragique et bouleversante, acceptant au passage de se laisser filmer un peu plus grasse et moins jeune que son mythe.

"Isabelle est une guerrière"
Lorsque le voile est levé sur cette petite production, hors compétition au festival de la fiction TV de la Rochelle en septembre 2008, la magie opère. Le public est conquis. Applaudie de longues minutes, Isabelle Adjani ne peut savourer son triomphe que par téléphone: elle est chez elle avec 40 de fièvre. C'est pourtant bien ce soir de septembre 2008 que son grand retour est devenu une réalité. Hassan Guerrar répète souvent, admiratif, qu'elle "est une guerrière." Il se souvient notamment l'avoir vue se battre becs et ongles avec le distributeur Jean-Michel Rey afin que La Journée de la jupe obtienne une sortie sur grand écran - sur 53 salles contre l’avis des réseaux dominants, UGC, Gaumont et Pathé. Sa diffusion sur Arte, le 20 mars 2009, a enregistré un record historique d'audience avec 2,2 millions de téléspectateurs.
Alexis Campion

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France Soir - 1er mars 2010

"Le sacre d'Isabelle Adjani"

Les larmes d'Isabelle Adjani
L'actrice a reçu avec émotion son cinquième César de la meilleure actrice.
Rare depuis quelques temps, Isabelle Adjani a fait un retour remarqué l'année dernière dans La Journée de la jupe. Son rôle d'enseignante désespérée qui prend ses élèves en otage lui a valu le César de la meilleure actrice, son cinquième après ceux pour Possession, L'Été Meurtrier, Camille Claudel et La Reine Margot.
Dans une robe bleu électrique, l'actrice a fondu en larmes à l'annonce de son nom par Gérard Depardieu. Lisant des notes qu'elle avait préparées, elle est revenue sur les difficultés à faire exister ce "petit film". "On m'avait déconseillé de le faire", a-t-elle dit plus tard en coulisse.
D'abord diffusé sur Arte puis sorti au cinéma dans quelques salles, le film de Jean-Paul Lilienfeld était un pari risqué pour l'actrice. Après seulement 115.000 entrées, cette récompense est "le couronnement d'une conviction", a-t-elle déclaré peu après la cérémonie. "Le fait même de se retrouver en lice était très inattendu. C'est un grand espoir pour tous ces films qui traitent de l'humain et des ghettos", a-t-elle poursuivi.
Évoquant le thème du film, Isabelle Adjani a salué la profession d'enseignant, "un sacerdoce, un sacrifice au quotidien". "Je ne cherche ni le petit ni le grand film mais simplement à être convaincu par un projet et donner du sens à ma carrière. Je suis très fière que mon travail soit reconnu de cette façon-là." A 54 ans et malgré sa carrière, la comédienne continue d'être touchée par la reconnaissance de son milieu.