La passion des actrices

30 avril 2011

Pour Vogue qui réalise ce mois-ci un numéro spécial cinéma, Dominique Besnehard, devenu aujourd'hui producteur, revient sur son parcours et se remémore notamment ses relations avec Isabelle Adjani qu'il côtoya alors qu'il fut tour à tour acteur, découvreur de talents et un temps son agent.



Première rencontre :
... Je savais que je voulais être dans le spectacle. Que ça ne pouvait pas être autrement. Acteur, ça me trottait dans la tête, mais avec un cheveu sur la langue, c'était pas gagné. Même si j'étais beaucoup plus mince à l'époque. J'avais l'esprit d'aventure, mais j'avais mes limites. C'est pour ça que je me suis tourné vers la technique et que j'ai passé le concours de la Rue Blanche, section régie, mise en scène, administration. C'était en 1973, j'avais 19 ans. J'ai tout de même fait un peu de figuration à la Comédie-Française. C'est là que j'ai rencontré Isabelle Adjani. Elle jouait dans Port Royal de Montherlant. Comme il y avait une alternance de comédiens sur scène, on priait chaque soir pour qu'elle y soit. On savait qu'on serait émus. Elle avait déjà la magie.

À propos de L'Été meurtrier :
... Je crois que ça a été le casting le plus long de ma carrière. J'ai vu toutes les filles de Paris pendant un an. Je suis allé en Angleterre et en Italie. J'ai même fait faire des essais à Jeanne Mas. A un moment, Margot Capelier, légendaire directrice de casting, m'a filé un coup de main. Je crois que Becker attendait en fait de tomber amoureux. Margot disait qu'il attendait son coup de soleil. Finalement, il a signé avec Valérie Kaprisky. Peu de temps avant le début du tournage, Isabelle a rappelé, elle avait changé d'avis. Un vrai coup dur pour Valérie. J'en ai longtemps voulu à Isabelle, je lui ai même fait la gueule. Puis bon, après, c'est passé...

En tant qu'agent :
... Trop peu de temps. Je crois qu'on a fait deux films ensemble, Bon voyage de Rappeneau et Adolphe de Benoît Jacquot. C'est une actrice prodigieuse, j'ai une grande affection pour elle. Le problème avec Isabelle, c'est le passage à l'acte. Elle attend la dernière minute pour accepter un projet. Souvent, elle regardait des films la nuit, puis elle m'appelait le matin en me disant, "Dominique, quand je pense que j'ai eu le scénario entre les mains et que je ne l'ai pas fait." Elle, c'est vraiment une star.


Par Olivier Lalanne
Portrait Christophe Brachet
Numéro 917 - mai 2011
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