2 ou 3 choses sur le documentaire

17 avril 2013

Entretien avec Isabelle Adjani et Julien Collet Vlaneck, directeur artistique du documentaire Isabelle Adjani, 2 ou 3 choses qu'on ne sait pas d'elle... proposé par Arte le 5 mai prochain à 22h10.




Avec ce documentaire, vous vous prêtez au jeu du portrait filmé pour la première fois. Pourquoi maintenant?
Isabelle Adjani : Je m’y suis résolue! Autant j’aime regarder sur Arte les portraits d’actrices, autant jusqu’à présent, être le sujet d’un documentaire, même sur une chaîne dont j’aime la ligne éditoriale, ne me mettait pas très à l’aise, d’autant qu’un portrait de vous peut être fait sans vous et ressembler plus à la vision de ses concepteurs qu’à vous-même.
Mais j’ai fini par céder à la demande ambiante rémanente, à condition de participer, et que ce soit bien sûr pour Arte.
Je voulais éviter l’écueil démagogique en télévision qui consiste à s’adresser à tous pour être aimée de tous. Surtout ne pas faire « ma vie mon œuvre », en mode variétés, mais un bout de chemin avec moi-même, en présence de quelqu’un en qui j’ai confiance – un ami, coach dramatique qui a travaillé sur quelques-uns de mes films et une pièce de théâtre – Julien Collet Vlaneck. Quand on est soi- même « le propos » d’un documentaire, je trouve préférable d’être au plus proche de quelque chose qui vous va, qui vous est familier. Ce qui ne signifie pas pour autant imposer... mais plutôt proposer.

Julien Collet Vlaneck : C’est ça, c’est une proposition. On voit bien, dans le film, que depuis toute jeune Isabelle n’est pas à l’aise avec le fait de parler d’elle. C’est à partir de ce constat-là qu’on a travaillé : comment l’amener à parler de son grand parcours avec confiance. On voulait éviter de faire quelque chose de fabriqué. Ni trop intellectualiser, ni donner dans le glamour. On avait envie de quelque chose de simple et sincère.

Votre collaboration donne au film un sentiment de naturel et de complicité.
J. C. V. : Nos sensibilités artistiques sont parfois différentes mais se complètent. Je regarde surtout Isabelle à travers son parcours, et j’arrive assez bien à faire la séparation entre l’actrice et la personne. Du coup, on peut avoir des conversations à propos de tout et de rien. C’est pourquoi ce portrait est apparu à un moment donné comme une évidence, car il reflète des discussions qu’on a pu avoir ces dernières années, comme une synthèse des sujets abordés au cours de notre collaboration. On a donc essayé de garder ce sentiment d’une conversation naturelle.

I. A. : On ne voulait pas qu’il y ait une narration télé formatée, comme souvent dans les documentaires.
il fallait de la résonance, des petites chambres secrètes, éviter d’être dans une chronologie mono- lithique et linéaire, mais surprendre avec légèreté, se rendre imperceptiblement accessible.
Frank Dalmat, intervenant impartial car je ne le connaissais pas (et qui est aussi un des producteurs exécutifs) a mis son expérience de réalisateur pour structurer techniquement le projet. J’ai choisi de faire confiance à Jonathan Politur et à sa société Puzzle Media pour mener à bien l’ensemble du projet.

J. C.V. : En défrichant les archives, j’ai découvert des choses vraiment craquantes. Cela nous a confortés dans l’idée qu’il ne fallait pas faire un film trop explicatif, mais amener des moments inédits, avec un cachet, un grain. Je me suis aussi rendu compte qu’il y avait une constance dans le personnage. Isabelle est à peu près la même aujourd’hui qu’à 17 ans. Elle a toujours eu des convictions très fortes en tant qu’artiste, et son sens de la répartie.

D’où vient cette lettre lue en guise de fil conducteur ?
I. A. : Elle est extraite d’un recueil de nouvelles écrit par le journaliste Daniel Boudier. En la découvrant, je me suis dit qu’il y avait là quelque chose de fictionnable. C’est une déclaration qui m’est adressée, mais comme elle est lue par un acteur, Jérémy Kapone, elle devient de la fiction. Elle reflète l’image que son auteur a de l’actrice, mais pas forcément l’actrice. J’aime bien cette idée. elle est venue pendant le montage, ça n’était pas calculé. C’était une façon d’introduire un écho de cinéma, comme en relief, par la bande sonore. J’ai grandi comme actrice avec les films de Truffaut et pour moi la voix-off, c’est magique.

Que vous a apporté ce retour sur vous-même ?
I. A. : Ce n’était pas forcément très agréable! C’est un peu comme regarder ses vieilles photos de vacances... Mais voilà, ça existe, pour les gens que ça peut éventuellement intéresser. Parce que ce que l’on sait de soi comme évidence qui permet qu’on soit comprise, les autres ne le savent pas forcé- ment, n’est-ce pas? Je n’aime pas l’idée d’ouvrir sa porte et d’accueillir une équipe de télé chez soi, de se découvrir, comme cela se fait beaucoup. Ce film propose seulement de passer un moment avec moi, un moment composé de plusieurs instants d’intimité pudique qui me reflète, moment qui n’est surtout pas quelque chose de définitif.

Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux