A propos des Filles

1er mai 2014

Conversation avec Isabelle Adjani à l'occasion de la sortie de Sous les jupes des filles.






LA RENCONTRE:
Mon agent m’avait confié qu’Audrey Dana préparait un film sur les femmes. Je savais que, tout en co-écrivant le film avec ses scénaristes, elle écrivait également avec les actrices qui allaient interpréter les rôles. Non seulement j’ai trouvé l’idée originale, mais j’aime beaucoup les films, même quand ils ne sont que presque réussis, des acteurs et des actrices qui passent derrière la caméra. J’adore Audrey, sa vitalité, son regard trépidant sur... tout. Ma particularité, dans cette aventure, c’est que je suis la dernière qu’elle ait contactée, pour un rôle qui avait déjà son personnage, son histoire. Notre premier échange a été très immédiat, très ouvert, bienveillant et solidaire. Je n’ai pas hésité.


LE PERSONNAGE:
Mon personnage est donc, de tous, le moins construit à partir d’éléments intimes, mais j’y ai mis quelques touches personnelles, comme ma position contre la pilule, qui donne le cancer du sein... Lili doute de son sex-appeal, a des inquiétudes sur le temps qui passe, et veut encore faire la fête comme sa fille de seize ans. Cette femme est un clin d’œil à moi-même et à d’autres, un peu partout. Audrey est quelqu’un de très généreux. J’avais envie, moi aussi, d’être généreuse en me joignant à ce film, avec ce rôle certes petit - l’aînée du groupe, à l’humeur « en pétard ». L’école buissonnière, de temps en temps, ça me fait respirer!


LA FEMME ET LA FÉMINITÉ AUJOURD’HUI:
La féminité, ce n’est pas inné. Il faut une grande faculté d’adaptation pour conquérir sa propre féminité en harmonie dans l’intime et socialement, alors qu’on vit dans un monde ultra-misogyne. Il y a tant de choses qui peuvent nuire à la construction de la féminité, ne serait-ce qu’un père ou une mère, qui peuvent faire obstacle, dès le début de la vie. A chacun et chacune de la respecter et de la laisser prospérer. La féminité peut être un artifice, facilement, mais j’ai rarement rencontré l’évidence de la féminité, sans épreuve et sans souffrance, chez moi ou chez les autres. Enfin, ce que je vous dis vient de mon centre de gravité. La féminité, c’est un territoire à conquérir pour soi, sans relâche, et à défendre des envahisseurs, aussi. Les tentatives d’anéantissement, des uns et des autres, sont là...


UN MODÈLE FÉMININ, UNE INSPIRATION:

Celles qui sont le plus célébrées pour leur féminité n’ont pas forcément une vie plus heureuse. Incarner des féminités aux destins tragiques a fait grandir, au fil des années, une envie d’anonymat.

IMPRESSIONS DE TOURNAGE:
Une énergie hors du commun pour cette comédie française réalisée par une femme. On était toutes à Paris, donc on ne passait pas nos soirées ensemble, on se voyait surtout sur le terrain, et le terrain reste professionnel. Mais le terrain était emballant, dans le mouvement, dans un climat très actif, mené par Audrey.


AUDREY DANA:
Formidable, solide, présente, elle ne laisse jamais personne en plan. On a toutes envie de travailler dans ces conditions-là. Et son énergie! Je n’ai jamais vu ça. Une athlète! Et être dirigée par une athlète, c’est quelque chose. L’impression d’être sur un stade, des répétitions au tournage. Audrey, c’est ça: la déesse du stade, en short, t-shirt et baskets!